samedi 14 juin 2008

Le nuage de Tchernobyl sur la France : chronologie d’un mensonge d’état

Avril 2005 - Document réalisé par le Réseau "Sortir du nucléaire"

1956 : création du SCPRI (Service central de protection contre les rayons ionisants) dont la direction est attribuée au Pr Pierre Pellerin
Samedi 26 avril 1986 : explosion du réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl (Ukraine)
Mardi 29 avril 1986 : le nuage radioactif de Tchernobyl arrive en France
Mercredi 30 avril 1986 : le Pr Pellerin, toujours à la tête du SCPRI (30 ans plus tard !), prétend qu’ "aucune élévation significative de la radioactivité n’a été constatée"
Jeudi 1er mai 1986 : pratiquement toute la France est touchée par le nuage radioactif. Toutes les installations nucléaires détectent une importante radioactivité et en informent le SCPRI.
Vendredi 2 mai 1986 : le Pr Pellerin, directeur du SCPRI, diffuse à de nombreux destinataires un communiqué qui affirme que "les prises préventives d’iode ne sont ni justifiées, ni opportunes" et qu’ "Il faudrait imaginer des élévation dix mille ou cent mille fois plus importantes pour que commencent à se poser des problèmes significatifs d’hygiène publique". Voir 27 février 2002
Vendredi 2 mai 1986 : différentes mesures, en particulier concernant l’alimentation, sont prises dans de nombreux pays européens (Pologne, Danemark, Norvège, Finlande, Suède, Royaume-Uni, Pays-Bas, Allemagne, Autriche, Italie, Grèce etc.). L’Italie met aussi en place un contrôle de contamination à ses frontières, dans le but évident de refouler les produits contaminés venant de France où aucune mesure n’a été décidée.
Dimanche 4 mai 1986 : la France saisit la Commission européenne, estimant que "les mesures italiennes constituent des entraves non justifiées aux échanges".
Lundi 5 mai 1986 : alors que la Commission européenne envisage des mesures sanitaires, la France exige un vote "à l’unanimité" et empêche toute décision contraignante. La population n’est bien sûr pas informée de ces tractations en coulisse.
Mardi 6 mai 1986 : le ministère français de l’Agriculture diffuse un communiqué "historique" : "Le territoire français, en raison de son éloignement, a été totalement épargné par les retombées de radionucléides consécutives à l’accident de la centrale de Tchernobyl"
Jeudi 8 mai 1986 : note confidentielle du ministère des affaires étrangères pour Matignon, expliquant que la France a "obtenu un adoucissement des mesures de contrôle" envisagées par Bruxelles et "surtout que les contrôles de radiation soient faits dans les pays exportateurs et non dans les pays importateurs"
Samedi 10 mai 1986 : au Journal télévisé de TF1, le Pr Pellerin finit par avouer que les mesures de radioactivité étaient anormales dès le 30 avril. Mais il continue de prétendre qu’aucune décision particulière n’était nécessaire.
Jeudi 15 mai 1986 : fondation de la Criirad (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité) par des citoyens qui dénoncent à juste titre l’absence de contrôles indépendants
Vendredi 16 mai 1986 : réunion de crise au ministère de l’Intérieur. La présence de plus de 10 000 becquerels par litre dans du lait de brebis en Corse n’entraîne aucune décision du gouvernement alors que la réglementation européenne préconisait de retirer de la consommation tout produit alimentaire contenant plus de 500 bq/l. Un documents est annoté à la main : "Nous avons des chiffres qui ne peuvent être diffusés". Ce document sera saisi par la justice lors d’une perquisition en 2001.
Vendredi 16 mai 1986 : le ministère de la santé diffuse un invraisemblable communiqué : "La santé publique n’est aucunement menacée par les conséquences de l’accident de Tchernobyl. Les activités courantes peuvent donc être poursuivies sans précautions particulières, notamment l’alimentation et les activités de plein air."
Dimanche 18 mai 1986 : Alain Carignon, ministre de l’environnement, déclare que le gouvernement a "commis l’erreur de croire que, parce qu’il n’y avait pas de danger, il n’était pas nécessaire d’informer fortement les Françaises et les Français".
Lundi 16 février 1987 : lors d’une réunion à Bruxelles des ministres des affaires étrangères de l’Union européenne, la France refuse que soit prorogé le règlement européen sur la radioactivité maximale des aliments acceptable en cas d’accident nucléaire, adopté en toute urgence après Tchernobyl.
19 juillet 1994 : le SCPRI change de nom et devient l’Office de protection contre les rayonnements ionisants (OPRI). Le SCPRI aura été dirigé jusqu’au bout par le Pr Pellerin, malgré les mensonges de ce dernier concernant le passage du nuage de Tchernobyl sur la France.
17 février 1999 : création de l’Association française des malades de la thyroïde (AFMT)
1er mars 2001 : l’AFMT, la CRIIRAD et 51 malades de la thyroïde déposent une plainte contre X, estimant que la gestion des retombées radioactives de Tchernobyl par les autorités françaises était à l’origine d’un surcroît de pathologies, en particulier de cancers de la thyroïde.
Novembre 2001 : perquisitions menées par Mme la Juge Bertella-Geffroy dans différents ministères et organismes chargés du risque nucléaire.
13 février 2002 : la fusion de l’OPRI avec l’IPSN (Institut de protection et de sûreté nucléaire) donne naissance à l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire)
24 février 2002 : la Criirad et le géologue André Paris publient un atlas qui révèle de façon détaillée la contamination du territoire français par le nuage de Tchernobyl et, preuves à l’appui, accusent les autorités françaises d’avoir caché la vérité à la population.
26 février 2002 : sous pression, le gouvernement crée un groupe de travail sur les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl sur le territoire français, mais en confie la présidence au Pr André Aurengo. Ce dernier, chef du service de médecine nucléaire de la Pitié-Salpétrière, est par ailleurs... membre du Conseil d’administration d’EDF et infatigable promoteur de l’industrie nucléaire !
27 février 2002 : le Réseau "Sortir du nucléaire" publie le telex du 2 mai 1986 envoyé par le Pr Pellerin à de nombreux destinataires (en l’occurrence au service central de médecine nucléaire de Nancy). Il y est écrit que "les prises préventives d’iode ne sont ni justifiées, ni opportunes" et qu’ "Il faudrait imaginer des élévations dix mille ou cent mille fois plus importantes pour que commencent à se poser des problèmes significatifs d’hygiène publique".
28 février 2002 : la juge d’instruction Marie-Odile Bertella-Geffroy demande une expertise comparative entre les mesures de radioactivité effectuées par les autorités françaises en 1986 et les chiffres publiés.
1er mars 2002 : le Réseau "Sortir du nucléaire" dénonce par communiqué l’attribution par l’Etat de la présidence du "Groupe de travail sur les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl sur le territoire français" au Pr André Aurengo, et révèle que celui-ci a produit en 2000 un rapport "Energie nucléaire et santé" dans lequel est écrit : " l’énergie nucléaire apparaît bien comme un des modes de production de l’électricité les moins polluants et ayant le moins d’inconvénients pour la santé ". Ouvertement pronucléaire, le Pr. Aurengo est juge et partie, ses conclusions sont donc inacceptables.
25 avril 2002 : l’AFMT et la CRIIRAD accompagnent 200 nouveaux plaignants, ce qui porte le nombre de plaintes à 400
24 avril 2003 : l’IRSN publie une nouvelle carte de la contamination de la France par le nuage de Tchernobyl. Il s’agit d’un évènement pare que, pour la première fois, un service d’Etat publie une carte très proche de celle publiée par la Criirad.
4 mai 2003 : le professeur André Aurengo écrit aux ministres de la Santé et de l’Ecologie pour protester contre l’IRSN ! Il se déclare "consterné que de tels résultats, méthodologiquement aussi contestables et très probablement faux, aient pu être diffusés sans aucune validation scientifique... " C’est clairement une demande de censure et de mise sous tutelle de l’IRSN
Septembre 2004 : dans la Revue Générale Nucléaire, Francis Sorin, dirigeant de la Société française d’énergie nucléaire, rend hommage à "La rigueur et l’honnêteté dont a fait preuve le professeur Pellerin dans l’exercice de ses responsabilités"
Vendredi 25 mars 2005 : la juge d’instruction Marie-Odile Bertella-Geffroy communique aux parties civiles le rapport qui vient de lui être remis par deux experts, Paul Genty et Gilbert Mouthon. Les conclusions sont accablantes pour le gouvernement français de l’époque (le 1er ministre était Jacques Chirac ; le porte-parole du gouvernement était Alain Juppé) et pour le SCPRI. Il n’y a pas eu "erreur" de la part de ces autorités, mais bien un mensonge délibéré.
Mercredi 13 avril 2005 : la Criirad demande la mise en examen du Pr Pellerin
Samedi 23 avril 2005 : à Nantes, le Réseau "Sortir du nucléaire" rassemble 10 000 personnes pour une fresque humaine écrivant (vu du ciel) : "Le nucléaire tue l’avenir, sortons-en"
14 et 15 avril 2006 : à quelques jours des 20 ans de Tchernobyl, le Réseau "Sortir du nucléaire" organise un rassemblement géant à proximité de Flamanville (Manche), site où le pouvoir français veut construire un réacteur nucléaire (l’EPR).
Contacts Stéphane Lhomme 06.64.100.333
http://www.sortirdunucleaire.org/index.php?menu=sinformer&sousmenu=themas&soussousmenu=tchernobyl&page=index

Jean-François Hamon: Tchernobyl : comment vivre après la catastrophe ?

Tchernobyl : comment vivre après la catastrophe ?
3 juin, par Jean-François Hamon


Il était un peu déconcertant de ne trouver qu’un public somme toute assez clairsemé, les 15 et 16 mai à Lyon, dans le grand amphithéâtre de l’École Normale Supérieure (Sciences), pour assister à la conférence internationale “Vivre Tchernobyl”, dont les quelque vingt-cinq interventions auront été à la fois denses et abordables malgré leur caractère parfois pointu, très souvent vibrantes d’éloquence, d’émotion, de conviction, et jamais délivrées comme des communications scientifiques hermétiques.
Ce sont donc seulement 40 à 80 personnes, au mieux, intervenants inclus, qui auront écouté les propos d’un “plateau” constitué de la plupart des meilleurs spécialistes (surtout biélorusses, russes, ukrainiens et français) des conséquences, littéralement infinies, de l’accident d’avril 1986. Manquaient ceux de l’OMS – si tant est qu’il y en ait, cette éminente institution s’appliquant en réalité à ne pas prendre en compte lesdites conséquences, et faisant du coup davantage partie du problème que de la solution. Une défaillance que d’ailleurs souligne la présence permanente, depuis le 26 avril 2007, à Genève, aux abords immédiats du siège de l’OMS et à l’appel du collectif “Independent WHO / Pour l’indépendance de l’OMS”, de vigies persévérantes qui, panneaux et banderole à l’appui, rappellent et dénoncent la convention de 1959 passée entre cette dernière et l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) : une convention par laquelle, via surtout l’un de ses articles véritablement contre-nature, les recherches de l’OMS touchant à l’impact du nucléaire sur la santé sont soumises à l’aval de l’AIEA, donc privées de toute indépendance, et très significativement réduites…
Et à Lyon, c’est par exemple à l’analyse de cette perversion de la mission de l’agence onusienne dédiée à la santé que s’est notamment attachée l’intervention, aussi argumentée qu’accusatrice, d’Alison Katz, psychologue, sociologue et ancienne fonctionnaire de cette institution.
En elle-même, par sa dimension institutionnelle, l’initiative de cette conférence internationale pouvait surprendre : elle était en effet due au Conseil régional Rhône-Alpes. Mais c’est en vérité à l’insistance résolue d’une vice-présidente dudit conseil, élue Verte, Hélène Blanchard, que la conférence doit de s’être tenue. Malgré l’absence de tout autre représentant de la puissance invitante, malgré une communication manifestement très insuffisante qui explique en partie l’assistance limitée.
Dans une ambiance néanmoins très réceptive, sont donc intervenus près de vingt-cinq spécialistes, physiciens (dont Vassili Nesterenko), atomistes, médecins (dont Youri Bandajevsky), généticiens, sociologues et autres chercheurs en sciences humaines ou sociales (dont Galia Ackerman), journalistes et écrivains (dont Svetlana Alexievitch), “liquidateurs” de la catastrophe et représentants d’associations aussi diverses que la CRIIRAD, l’ACRO, Pousse de vie ou Enfants de Tchernobyl Bélarus. Et par les sujets abordés, les questions soulevées et les échanges en eux-mêmes, la conférence a eu une valeur que l’organisatrice n’hésitait pas à qualifier d’historique : franchement pluridisciplinaire et bien plus ouverte qu’une précédente d’avril 2005, organisée à Lyon déjà, et en cela autorisant un dialogue très direct, permettant la discussion de tous les aspects des conséquences de la catastrophe, n’ignorant jamais toute la complexité de la situation des populations toujours confrontées à la contamination radioactive, notamment les aspects culturels, souvent insoupçonnés ou “secondarisés”. Liberté d’échange qui aura d’ailleurs suscité certaines polémiques, parfois très virulentes, mais sans doute assez salutaires. Surtout concernant l’appréciation qui peut être portée sur le programme européen dit CORE de réhabilitation des zones contaminées et sur l’évaluation de son action. Ce programme prolongeait en effet la mise en œuvre en Biélorussie en 2003 d’un projet de recherche portée par une association, Ethos, elle-même investie par des promoteurs français du nucléaire et leur permettant en quelque sorte d’“occuper le terrain”, avec la caution très discutée d’autres associations et organismes, portés sans doute par les meilleures intentions du monde – mais l’on sait ce qu’il en est, souvent, des bonnes intentions…
Quant aux campagnes de distribution de Vitapect (additif alimentaire naturel à base de pectine de pomme) aux enfants (pour faire chuter leur charge radiotoxique en césium 137) mises au point et initiées par l’Institut Belrad du professeur V. Nesterenko – et que celui-ci s’efforce non seulement d’expliquer et de justifier en toute occasion mais aussi de développer en Biélorussie malgré les très sévères embûches tendues par les autorités du régime du dictateur Loukachenko ou bien (sur quoi insiste Wladimir Tchertkoff, notamment dans son livre Le crime de Tchernobyl) par des programmes internationaux délibérement velléitaires ou finalement néfastes –, elles n’ont pas été remises en cause dans leur efficacité, au contraire, même si elles n’ont apparemment pas toujours été senties comme une solution automatique ou à long terme dans des zones contaminées qui regroupent plusieurs millions d’habitants. Affaire d’appréciation des priorités dans un contexte social biélorusse extrêmement déficitaire ? Affaire de perception des pathologies induites, surtout chez les enfants, par l’exposition chronique à de faibles doses de radioactivité ou par l’ingestion de radionucléides, insuffisamment connues ou prises en compte malgré la portée considérable des travaux d’un Bandajevski ? Affaire de réaction face aux effets stochastiques (effets nocifs aléatoires dans le temps et dans la forme clinique, c’est-à-dire non prévisibles et non distinctifs au niveau individuel) dans un environnement même moins contaminé ? Entre l’urgence de l’impératif sanitaire des uns, la problématique plus attentiste des autres et la carence ou l’inertie des autorités ou des institutions internationales, le tableau apparaissait souvent dramatique, révoltant, marqué par la menace indicible d’une connaissance terriblement lacunaire de la catastrophe considérée dans sa globalité comme dans ses détails.
Des constats décortiqués à Lyon, presque tous plus alarmants les uns que les autres, n’émerge finalement qu’une certitude : la tragédie de Tchernobyl est encore devant nous, la catastrophe est un arbre qui pousse, selon l’expression qu’ont reprise les populations locales affectées.
La vice-présidente du Conseil régional n’a pas manqué de conclure sur la nécessité de politiques de solidarité européennes à l’égard des victimes de Tchernobyl, passant particulièrement par des actions de coopération décentralisée qu’elle veut soumettre à son assemblée. Avec la même espérance qu’elle, on voulait croire que ce ne serait pas vœux sans lendemain ou promesses sans moyens.

Par Michel DEPROST: Un colloque pour que Tchernobyl et ses victimes ne soient pas oubliés

Un colloque pour que Tchernobyl et ses victimes ne soient pas oubliés 15/05/2008 22:11 (Par Michel DEPROST)

Un colloque scientifique réunit depuis ce jeudi, et pour ce vendredi, chercheurs, responsables associatifs, élus, pour évoquer les conséquences de la catastrophe.
Ne pas oublier Tchernobyl. Hélène Blanchard, vice-présidente de Rhône-Alpes pour l'environnement et la prévention des risques, a cité Koffi Annan, qui, quand il était Secrétaire général des Nations Unies expliquait qu’il ne fallait pas oublier la catastrophe pour deux raisons. Oublier Tchernobyl, c’est s’exposer à voir se renouveler une catastrophe de même ampleur. Oublier, c’est abandonner 7 millions de personnes qui ne peuvent vivre sur leur terre.
Le colloque « Vivre après Tchernobyl », commencé ce jeudi matin à l’Ecole Normale Supérieure de Sciences de Lyon, qui se poursuit ce vendredi , a pour objet de revenir sur les conséquences à long terme de la catastrophe.
Contamination des milieux
Le premier constat a porté sur la contamination des milieux. Rose GONCHAROVA (Biélorussie), Professeur responsable du laboratoire de Sûreté génétique à L’Institut de Génétique et de Cytologie à l’Académie Nationale des Sciences en Biélorussie, a mené des recherches sur les conséquences génétiques. « La contamination par des dépôts de césium a touché toute l’Europe, mais c’est surtout le territoire du Bélarus qui a été touché. Les valeurs de césium et de strontium dépassent toutes les planchers reconnus de façon permanente et notre laboratoire a étudié les effets sur les cellules animales et germinatives »
Aujourd’hui, en Bélarus, les aliments sont particulièrement contaminés. Pour la viande de bœuf, elle est presque de 500 becquerels par kilo, pour le lait de 100 Becquerels par litre, alors qu’en France, la contamination admise est de 01 ou 0,3 becquerel par litre. « La contamination est suivie partout. Nous avons créé sept laboratoires mobiles pour évaluer la contamination de 250 000 enfants dont seulement 10% expriment moins de 20 Becquerels par kilo. L’alimentation est contaminée par du césium qui restera à la surface des sols pendant des dizaines d’année"
Angelina NYAGU, Docteur au centre de médecine radiologique de Kiev et présidente de l’association "Les médecins de Tchernobyl" insiste aussi sur les pollutions des sols, des milieux aquatiques en césium et en strontium. Or, huit millions de personnes boivent de l’eau du Dniepr et 30 millions utilisent cette eau pour des besoins agricoles.

Effets à faibles doses

La pollution des milieux et des aliments, même à faibles doses a plusieurs conséquences. « Nous nous sommes intéressés à l’effet sur la santé d’exposition à faibles doses des rayonnements ionisants. Certaines études internationales affirment qu'il n'y a qu'une augmentation du cancer de la thyroïde, sans augmentation de la fréquence des cancers sur d’autres organes. Nous avons des informations contraires, et on peut calculer à partir des doses à des effets cancérigènes » explique Rose GONCHAROVA. En 1985, la Biélorussie les personnes en bonne santé,représentaient plus de 80% de la population . Actuellement, 30% seulement des habitants de certaines régions sont en bonne santé et seulement 13% d’enfants sains. « Le problème n’est pas de faire revenir des personnes dans les zones, c’est de maintenir la santé des habitants qui y sont restés ».

Les chercheurs biélorusses ou ukrainiens présents ce jeudi, ont indiqué que de plus en plus d’études concluent à des liens entre pathologies et exposition à des doses moins fortes que les doses provoquées par l’explosion. Ils expliquent qu'il faut étudier la population touchée par des cancers, s'intéresser aux effets non tumoraux, aux pathologies cardiaques, au cancer du sein. Ils ont exprimé leur divergences avec les chercheurs du reste de la communauté scientifique mondiale, en particulier les chercheurs d’organismes dépendants de l’Organisation Mondiale de la Santé, de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique.
Comparaison avec Hiroshima
Les thèses en présence sont les suivantes. Les chercheurs de l’Organisation Mondiale de la Santé, et de nombreux experts du cancer et des expositions aux radio-éléments, prennent comme référence les effets bombardements de Hiroshima et de Nagasaki qui ont causé par effet de flash, des conséquences quasiment immédiates. La conclusion dominante est que les effets de la catastrophe de Tchernobyl ont été immédiats. Les effets à termes sont considérés comme inexistants, ou dus à la dégradation des conditions de vie depuis vingt ans. « On nous dit qu’on a des problèmes causé par la pauvreté, l'alcoolisme» explique un chercheur. Or les chercheurs présents ce jeudi estiment que les problèmes de santé sont bien dus aux contaminations. En l'absence des chercheurs mis en cause, les échanges n'ont pu prendre la forme d'une véritable controverse scientifique.

Effets à long terme au Japon aussi
Plusieurs études montrent que des les effets de la catastrophe ne sont pas seulement immédiats. Il a été rappelé ce jeudi, qu'au Japon, longtemps après les bombardements atomiques, on a observé leucémies et thyroïdes. Déjà en 1974 les premiers travaux ont parlé d’autres tumeurs chez des individus exposés à des doses très faibles et ces personnes sont toujours surveillées.
Les divergences ne sont pas seulement scientifiques et médicales. Elles révèlent, selon les échanges d’hier, des divergences plus profondes.
Prise en charge insuffisante des victimes
La négation des effets à terme de la catastrophe ralentit la prise en charges des malades, en particulier des enfants. Vassili NESTERENKO (Biélorussie), Physicien, ex-directeur de l'Institut de l'Energie nucléaire de l'Académie des sciences de Biélorussie est depuis 1990, il est directeur de l'institut indépendant biélorusse de protection radiologique « Belrad » qu'il a créé en 1989. L’institut mesure la radioactivité dont sont porteuses les victimes, en particulier les enfants.
Il développe aussi l’utilisation de pectine, un aliment à partir de pommes, qui absorbe et permet d’éliminer le césium. Faute de soutien, les 270 centres qui distribuaient la pectine ont fermé. La prise en charge des enfants (voyages à l’extérieur, modification de l’alimentation, prise de pectine) permet de réduire les doses exprimées, mais elle est aussi difficil
Un crime
Pour Youri BANDAJHEVSKY (Biélorussie), spécialiste d’anatomie pathologique, ex-recteur de l’institut étatique de Gomel, l’absence de prise en charges des populations, en particulier des enfants, est un crime. Pour lui les expositions aux effets du nucléaire sont plus anciennes que la catastrophe. Cette dernière a servi de révélateur d'un crime d’Etat qui a consisté à exposer pendant des années, avant même la catastrophe, à des radiations. La présence de contamination antérieure peut à la fois masquer, mais aussi préparer le terrain pour des effets cumulés. Les obstacles à la recherche constituent aussi des éléments criminels de la part de l’Etat biélorusse.

Mais la négation de la situation écologique et sanitaire en Bélarus est aussi lourde de signification pour la gestion de l’énergie nucléaire. Les positions de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), de l’OMS, sont interprétées comme un alignement sur les positions du « lobby » nucléaire. Taire, minimiser les conséquences de Tchernobyl, permet en effet de relancer la technologie nucléaire.
La gestion du dossier Tchernobyl, sur le plan de la rigueur scientifique, est donc capitale, sur le plan social, pour les adversaires de la technologie nucléaire, mais aussi pour ses partisans qui veulent être responsables et honnêtes.

Les débats de l’après-midi, ont logiquement élargi les échanges aux rôles, en France, de la presse et des chercheurs. Maryvonne DAVID-JOUGNEAU (France), une des fondatrices de l’Ex-Comité BANDAJHEVSKY, a souligné combien il avait été difficile de sensibiliser les médias au dossier Youri Bandajevki, quand ce dernier était privé de liberté en Belarus. Elle a mis en cause l’indépendance des chercheurs, la domination de la science anglo-saxonne et l’insuffisance de la prise en compte de la recherche en langues slaves. Jean Claude Dautret, de l’Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest ( ACRO) a rapporté des actions menées par l’association en Bélarus. Il a insisté sur l’ampleur des contaminations de milieux, dont certaines dureront des milliers d’années, et les lacunes de la connaissance scientifique sur les effets des faibles doses à long terme. De quoi justifier, par rapport au nucléaire, la plus grande prudence.

Michel.deprost@free.fr
Voir aussi : - Incident sur le réacteur nucléaire de Krsko en Slovénie - Les Commissions Locales d’Information vont renforcer leur rôle en 2008Retrouvez aussi : - Toutes les actualités du jour - Toutes les actualités sur ce thème

Mycle Schneider: State of the nuclear industry in the world

Here is the link to download the PDF file: https://www.yousendit.com/transfer.php?action=download&ufid=A8AD5B60734D4918

vendredi 13 juin 2008

IN-SECURITY - LE DILEMME NUCLÉAIRE

IN-SECURITY - LE DILEMME NUCLÉAIRE
www.nucleardilemma.org


Contact Presse: Eve NÄIR, eve@realexpo.org
- retrouver la dossier presse sur le site.


En ce moment même, de nombreux peuples souffrent de catastrophes naturelles ou de guerres et conflits
ininterrompus tandis qu’en même temps la destruction des écosystèmes et la consommation rapide des
ressources naturelles menacent le futur de notre planète. Plus que jamais dans l’histoire de l’humanité, nous
devons nous interroger afin de trouver les moyens d’éveiller les consciences sur ces dangers, de partager les
responsabilités et travailler pour un futur durable et paisible pour notre planète.
C’est dans un tel contexte que REAL Exhibition Development (REAL) - fondé en 2007 par des professionnels des
média tel que Ashley Woods précédemment directeur de VII Photos - s’engage à utiliser la photographie pour
illustrer les thèmes majeurs de l’actualité à travers des expositions et d’autres supports de communication dans
le but d’informer et d’amener la réflexion. Parallèlement, REAL se donne pour objectif de sensibiliser le public à
la création contemporaine.
Le premier projet intitulé «In-Security - le Dilemme Nucléaire» rassemble des photographes et cinéastes
internationaux dans une exposition détaillée sur l’histoire de la technologie nucléaire; depuis la découverte
de la radioactivité en 1896 par Henri Becquerel jusqu’à la crise de prolifération et d’énergie que l’on connaît
aujourd’hui.
Coproduite par le Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge de Genève et mise en oeuvre
par Gabriel Bauret, directeur artistique du Mois de la Photographie à Paris et Photo Festival d’Arles, l’exposition
a été conçue en étroite collaboration avec des experts, scientifiques, docteurs, avocats et éducateurs comme
Dr. Kathleen Sullivan (Département des affaires de désarmement de l’ONU) et comprend des outils éducatifs
créatifs dont les enseignants peuvent se servir et développer dans leurs classes.
Ce projet est soutenu par de nombreux organismes internationaux non-gouvernementaux tel que le
Bureau International de la Paix (BIP) lauréat du Prix Nobel pour la Paix.
Le Dilemme Nucléaire est actuellement présenté jusqu’au 27 juillet 2008 au Musée international de la Croix-Rouge
et du Croissant-Rouge à Genève avant d’être inauguré au Musée de la Paix à Guernica le 18 septembre et sera
présenté en France au courant de l’année 2009.
Livraison du premier bombardier stratégique B-2 Spirit « Stealth « base militaire de Whiteman, Missouri, Etats-Unis, 1993 © Paul Shambroom
COMMUNIQUE DE PRESSE
Avec l’exposition «In-Security - Le Dilemme Nucléaire» actuellement exposée au musée de la Croix-Rouge et du
Croissant-Rouge, Genève, REAL Exhibition Dévelopement annonce un programme d’expositions sérieusement
engagées.

jeudi 12 juin 2008

Christophe Bisson: Un voyage à Tchernobyl











La Mort :
Donne-moi la main, douce et belle créature!
Je suis ton amie, tu n'as rien à craindre.
Laisse-toi faire! N'aie pas peur
Viens sagement dormir dans mes bras

Matthias Claudius, 1740-1815



Synopsis:


Nous suivons un groupe d'ukrainiens composé de liquidateurs, d'anciens résidents de Pripyat et de simples visiteurs, tous se rendant sur les lieux de la catastrophe de Tchernobyl. Pour certains il s'agit de revoir leur ancien appartement où ils ont tout laissé il y a maintenant 22 ans, pour d'autres, les vétérans de "la guerre contre l'atome", de retourner sur "le champ de bataille", enfin pour ceux qui n'ont pas de liens directs avec la catastrophe, d'aller voir ce qu'ils n'ont fait qu'imaginer jusqu'à lors.
Retour vers le passé? Ou bien même confrontation à ce qu'on ne comprend pas, à ce qui nous dépasse?




We follow a group of visitors going to the Chernobyl Zone. Each of them has different expectations. Evgueny, a former liquidator, is brought back there by his will to see again the “battle field” of the so called “war against the atom”; Olessia, a young Ukrainian girl, wants to see the “reality” of Chernobyl that has only existed in imagination for her; Sacha, a former resident of Pripyat, wants to go back to his hometown to find remains of his childhood.










mercredi 11 juin 2008

white horse - a film by Maryann De Leo and Christophe Bisson



Maxime est né à Pripyat, Ukraine, à trois kilomètres seulement de la centrale
nucléaire de Tchernobyl. Le 27 avril 1986, après l’accident nucléaire, lui et sa famille ont été évacués de Pripyat avec 48 000 autres résidents.
Dans White horse nous suivons le retour de Maxime dans sa ville natale devenue fantôme. Le film commence à Little Pripyat, banlieue de Kiev où Maxime vit maintenant. Nous traversons un No man’s land, la zone d’exclusion, puis nous arrivons à son ancien appartement. A travers les traces évanescentes subsistant dans l’espace vide il se souvient de son enfance perdue. L’évocation de son passé laisse percevoir les lignes de faille profondes qui le divisent.Dans cet espace urbain en passe de disparaître, une seule image demeure pour Maxime: un vestige de son monde englouti, son « Rosebud » à lui.


White horse a été sélectionné au festival international de Berlin, au festival "Cinéma du réél" à Paris et au festival international de Viennes en 2008.


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Maxim was born in Pripyat, Ukraine, just three kilometers from the Chernobyl nuclear Power Plant. On April 27, 1986, after the nuclear accident, he and his family were evacuated from Pripyat to Kiev with 48,000 other residents.

In White Horse we follow Maxim back to his hometown, the empty dead city. The film starts in Little Pripyat, a suburb of Kiev where Maxim now lives. We take the long drive back to his home with him. We travel to a no man’s land, the Exclusion Zone, and then we arrive at his former apartment. Through the vanishing traces left in the empty space, Maxim remembers his past life. In this world fading away, one single image remains for Maxim: a relic of his lost childhood, his “Rosebud”.

White horse was selected at the international film festival in Berlin, the film festival "Cinéma du réél" in Paris, at the international film festival in Vienna in 2008.