MELODI
Multidisciplinary European LOw Dose Initiative
8 Septembre 2008
Introduction
Bien que des normes courantes de radioprotection soient généralement considérées comme acceptablement robustes, il reste une incertitude scientifique considérable en particulier en ce qui concerne les risques sanitaires des faibles doses et des bas débits de dose. En conséquence de ces incertitudes, la question du risque des faibles doses est un sujet controversé dans les cercles scientifiques et politiques.
Ce rapport récapitule l'état actuel de la connaissance, les éléments principaux de l'incertitude scientifique dans le cadre de la politique de protection et de l'évaluation des risques et les futures activités de recherches qui ont le plus grand potentiel pour résoudre ces incertitudes. En général ces futures activités de recherches portent sur des questions concernant: - les doses et les effets biologiques des différents types de rayonnement, les processus biologiques dans les cellules/tissus qui sont les médiateurs des effets sur la santé des faibles doses de rayonnement (principalement, mais non seulement, cancer)
- la variabilité individuelle et de l'évaluation directe des effets sur la santé par l'étude épidémiologique des groupes exposés à des faibles doses.
- la formulation de modèles informatiques dans un cadre plus systématique pour les risques d'exposition aux faibles doses de rayonnement.
L'analyse de la forme du rapport risque de cancer/dose donnée pour les faibles doses (disons <100 mGy or 100 mSv pour le corps entier) et/ou bas débits de dose pour des effets défavorables sur la santé est un thème critique pour la politique de radioprotection. Cette analyse détermine les évaluations du risque pour des expositions pratiques aux faibles doses du public et des ouvriers et c'est un composant critique du système actuel de radioprotection appliqué dans toute l'Europe et le monde (UNSCEAR 2000 ; CERRIE 2004 ; Académie française 2005 ; NRC 2006 ; L'ICRP 2007). Pour des raisons en grande partie pragmatiques, le modèle linéaire sans seuil (LNT) décrivant le rapport entre la dose et l'apparition de cancer induit par les radiations (et les effets héréditaires) a été appliqué dans le développement de la politique de radioprotection durant de nombreuses années. Dans ce modèle, il n'y a aucune dose-seuil pour l'induction des effets et on présume que chaque incrément de dose dans la région des faibles doses produit un incrément directement proportionnel dans l'effet sur le biologique et/ou la santé. Avec la pondération appropriée, les doses et les effets surgissant de différentes sources, de différentes qualités de rayonnement et dans différents tissus peuvent être additionnés. Le modèle LNT est donc un élément critique dans le système actuel de l'ICRP de la radioprotection (l'ICRP 2007), qui se repose sur l'utilisation de deux quantités dosimétriques, la dose équivalente et la dose effective.
Ce système n'assure pas un niveau d'exposition "inoffensif/sans risque" ('safe/no-risk') mais incarne plutôt la philosophie de "maintenir toute exposition aussi basse que raisonnablement réalisable". (ALARA). Les revues et les recommandations récentes d'UNSCEAR (2000), de NRC (2006) et d'ICRP (2007) ont, sur la mise en balance des preuves scientifiques, favorisé l'utilisation du modèle LNT. D'autres corps, y compris l'académie française (2005) sont arrivés à différentes conclusions, en particulier que le modèle LNT peut surestimer les effets cancérogènes des faibles doses. Il y a, cependant, un large accord sur le fait que les dommages à l'ADN en réponse aux faibles doses sont susceptibles de jouer un rôle important dans le risque de cancer associé au rayonnement et qu'une série de facteurs moins bien compris, facteurs épigénétiques et des effets non-ciblés peut également être impliqué.
Le système de radioprotection, pour des raisons pratiques, est basé sur un certain nombre de jugements de valeur et/ou des acceptations de simplification de la connaissance scientifique existante. La robustesse de chacun de ces jugements de valeur ou prétentions de simplification détermine le système de protection dans son ensemble. Dans l'examen de cette question globale, il est donc pertinent de les examiner séparément. Les questions plus importantes où de tels jugements/prétentions ont été exercés sont montrées sur le schéma 1 et comportent :
_ la forme de la réponse à dose donnée pour le cancer ;
_ la sensibilité des tissus pour l'induction de cancer ;
_ la variabilité individuelle dans le risque de cancer ;
_ les effets de la qualité du rayonnement (type) ;
_ les risques d'exposition au rayonnement interne ;
_ les risques et rapports de la réponse à dose donnée pour les maladies non-cancéreuses.
Schéma 1 : Les thèmes principaux des bases pour la radioprotection actuelle. Les quatre boîtes supérieures qui sont à la base des critères dosimétriques principaux de l'ICRP, et les deux boîtes inférieures qui affichent des résultats qui sont actuellement inclus seulement à un degré relativement mineur. Inévitablement, il y a des interactions ou des interdépendances entre certains de ces aspects mais, au mieux, chacun est abordé séparément (avec des correspondances le cas échéant), exception faite de deux éléments, « forme de réponse à dose donnée » et « sensibilité de tissu », qui sont abordées ensemble en raison de leur relation proche.
État de la science et défis principaux de recherche
Pour chacune des questions, un bref résumé est fourni ci-dessous de l'état actuel de la connaissance
1 La forme de la relation réponse/dose donnée et de la sensibilité des tissus pour le cancer
Comme indiqué ci-dessus, la forme de la relation réponse/dose donnée à de faibles doses et à bas débits de dose concernant les effets sur la santé induits par les radiations, en particulier le cancer, sont des éléments critiques pour la politique de radioprotection et l'évaluation des risques. En bref, quatre modèles sont envisagés lors de l'exposition du corps entier ou de différents tissus: i) linéaire sans seuil, ii) linéaire mais avec un intervalle "zéro-effet" au-dessous d'une dose donnée de seuil, iii) supralinéaire (hypersensibilité), ou iv) des rapports bimodaux plus complexes (effets sur la santé bénéfiques y compris ou hormesis à des doses faibles). (UNSCEAR 2000 ; CERRIE 2004 ; NRC 2006 ; Académie française 2005 ;
ICRP 2007).
Schéma 2 : extrapolation des risques des faibles doses : représentation schématique des modèles généralement discutés pour les relations réponse/dose donnée à faible dose et à bas débits de dose. Des déviations additionnelles dans la forme sont susceptibles de se produire à des doses plus élevées. On a identifié beaucoup de facteurs qui peuvent influencer la forme ou la pente de la courbe. Ceux-ci incluent le type des rayonnements ionisants, la manière dont ils sont fournis dans le temps et dans l'espace, les tissus particuliers qui sont exposés et les différences entre les individus (caractéristiques génétiques et styles de vie).
Actuellement, on évalue surtout les risques d'induction de cancer et à un moindre degré les effets héréditaires. Quelques effets non-cancéreux peuvent également apparaître même à de faibles doses. Des jugements sur la validité des modèles de réponse sont fréquemment remis en cause. Les critiques habituelles formulées incluent:
- Une surinterprétation d'ensembles de données épidémiologiques isolés ou même de quelques points sur une réponse à dose donnée;
- Une attention insuffisante donnée aux facteurs de confusion potentiels et aux biais dans des données épidémiologiques;
- Une attention insuffisante donnée à la puissance statistique de certaines études;
- Une généralisation des résultats de modèles expérimentaux atypiques ou limités;
- Une compréhension insuffisante de la radiobiologie des faibles doses.
On accepte qu'il y ait beaucoup d'incertitude sur la forme de la réponse à dose donnée pour le cancer en ce qui concerne les études épidémiologiques au-dessous des doses de 100 mGy (ou 100 mSv corps entier de rayonnement low-LET (Linear Energy Transfert)) et sur les mécanismes au niveaux cellulaire et tissulaire qui déterminent la réponse, y compris le rôle potentiel des processus non-ciblés.
Le débat ci-dessus tend à porter sur l'irradiation externe par les radiations à faible énergie. La courbe de réponse tend à avoir une composante supralinéaire pour l'irradiation aigue à plus fortes doses. À cause de cette forme, on suppose actuellement pour la radioprotection que la pente de la réponse à de faibles doses et à bas débit de dose est réduite d'un facteur deux comparé aux doses et aux débits de dose élevés. Au fur et à mesure que le rayonnement LET augmente, la réponse à dose donnée tend à la linéarité dans toute la gamme de dose (par exemple pour les particules ALPHA et les neutrons de fission). Cette caractéristique a été associée en partie à l'induction par les particules high-LET de lésions plus complexes de l'ADN qui sont plus sujettes aux défauts de réparation de l'ADN et à la dose plus grande fournie à chaque cellule individuelle traversée par la particule high-LET (voir également Qualité de Rayonnement).
Pour des radionucléides incorporés, en particulier alpha émetteurs et d'autres rayonnements à très court rayon d'action, la localisation du nucléide dans les tissus ou les sous-régions de tissu peut créer des difficultés dans l'interprétation des données concernant la réponse à dose donnée (voir également le Risque Interne d'Exposition). De telles difficultés peuvent être associées à la biocinétique du radionucléide et/ou aux probabilités de traversée de cellules cibles et au dépôt d'énergie dans des volumes de tissu relativement petits. Pour beaucoup de tissus les éléments principaux de la biologie des cellules, par exemple l'identité et la localisation des cellules cibles, ne sont pas bien compris.
L'existence possible et la localisation des cibles ayant des caractéristiques de cellule souche sont des facteurs importants dans les opinions concernant les tumeurs induites par les particules alpha dans quelques tissus. Il est prouvé que les différents tissus (ou les organes) du corps ont des sensibilités différentes pour l'induction du cancer par rayonnement. Ceci se reflète dans l'utilisation de facteurs de pondération en fonction du tissu dans le système actuel de radioprotection (ICRP 2007). Les bases biologiques de ces différences, par exemple entre les tissus myéloïdes et lymphoïdes ou entre différents tissus pleins, ne sont pas bien comprises et les avis actuels sont en grande partie basés sur des observations épidémiologiques empiriques après des doses relativement élevées d'expositions aigues à des radiations à faible niveau de transfert d'énergie (low-LET). Des études épidémiologiques de puissance suffisante devraient pouvoir apporter plus d'information sur les sensibilités tissulaires et permettre les modifications en fonction de la dose, du débit de dose, du type de radiation, du sexe et de l'âge.
2 - La variabilité individuelle dans le risque de cancer et la susceptibilité génétique La variabilité individuelle dans le risque de cancer et la susceptibilité génétique aux limites de dose de cancer appliquées en radioprotection ont été mises en place pour protéger « un individu moyen », basé sur des études des risques (la plupart du temps cancer) vus dans de grands groupes de population après exposition au rayonnement, tels que les survivants de la bombe atomique au Japon. Pour l'induction de cancer, il est bien établi qu'il y a des différences entre les individus dans la sensibilité au rayonnement (et les sous-groupes de population), selon leur sexe, âge, bagage génétique, style de vie tel que le tabagisme, et expositions à d'autres agents. Généralement cependant, bien que ces différences soient identifiées, elles ne sont pas spécifiquement prises en compte dans l'établissement des limites de dose pour la planification dans la pratique en matière de radioprotection, sauf dans les cas rares de situations spéciales (par exemple pour l'embryon et le foetus). En principe, l'établissement de contraintes de dose peut tenir compte de la variabilité individuelle dans la réponse au rayonnement, mais c'est rarement possible dans la pratique. Actuellement il n'y a pas d'information suffisante pour établir l'amplitude des différences dans la sensibilité qu'il peut y avoir entre les individus ou entre les groupes d'individus et en conséquence leur influence sur l'évaluation des risques à faible dose. Les variations entre les individus sont également des facteurs qui interviennent dans la forme de la réponse à dose donnée, la sensibilité des tissus, la qualité de rayonnement, le risque interne d'exposition et les effets non cancéreux. Les différences dans la sensibilité au rayonnement entre les individus, ou les groupes, soulèvent la question morale et politique de savoir si quelques individus, ou groupes, sont insuffisamment protégés par le système et les règlements. Est-ce que différentes limites de dose ou contraintes devraient être mises en place pour les hommes et les femmes. Faut-il prendre en compte les différences ethniques ou de groupes d'âge ou des facteurs de risque additionnels de style de vie? Si quelques individus présentent un risque beaucoup plus grand en raison de leur bagage génétique, comment leur sécurité, mais également leurs droits individuels en tant que public, patient, professionnel devrait-ils être protégés? Quelle est la part du politique dans l'examen et l'identification de tels individus, ou dans l'élaboration de procédures médicales spécifiques pour tenir compte de leurs différentes caractéristiques? Le système actuel de radioprotection peut, en temps opportun, devoir être affiné pour cerner les différentes variations d'une manière plus générale ou pour inclure des cas spéciaux si ces différences sont substantielles ou affectent une fraction significative de la population.
3 - La Qualité du Rayonnement (type) Une large variété de types de rayonnement est présente dans les expositions environnementale, professionnelle et médicale. Il est bien établi que, à dose absorbée égale, certains rayonnements fortement ionisants (high-LET) sont considérablement plus efficaces que des rayonnements peu ionisants (low-LET), comme les rayons gamma) dans la voie menant aux changements biologiques, y compris l'induction du cancer. Des différences qualitatives et quantitatives entre les effets biologiques apparaissent, principalement en raison des propriétés spatiales et temporelles du dépôt d'énergie des différents types de radiation aux niveaux nanométrique, micrométrique et tous niveaux supérieurs. Il y a, cependant, très peu d'information épidémiologique humaine sur laquelle baser des jugements quantitatifs sur leur efficacité relative à induire le cancer ou d'autres effets. Cette information existe-t-elle? Dans le système actuel de radioprotection, une prétention de simplification est faite: l'efficacité relative de chaque type de rayonnement est représentée par un facteur de pondération spécifique de rayonnement (wR), qui est employé pour convertir la dose absorbée physique dans un tissu en dose équivalente. Les valeurs du facteur de pondération de rayonnement ont été spécifiées par l'ICRP. Son analyse est basée principalement sur des études de laboratoire de carcinogenèse et de diminution de la durée de vie chez les rongeurs et sur les effets cellulaires à court terme effectués in vitro. Il y a, cependant, des données épidémiologiques limitées qui documentent les effets cancérogènes des particules ALPHA dans quelques tissus. Dans un exemple (radon et ses produits de désintégration) les données épidémiologiques sont suffisantes pour permettre de baser directement les normes sur des concentrations d'exposition, sans utilisation des facteurs de pondération.
Les mêmes facteurs de pondération du rayonnement, pour la simplicité, sont employés indépendamment du tissu (voir également la forme de la réponse à dose donnée ci-dessus), du débit de dose, du mode et de l'hétérogénéité de l'exposition avec les émetteurs internes (voir également le risque interne d'exposition ci-dessous), des différentes sensibilités (voir également la variabilité individuelle ci-dessus) ou d'autres variables - même lorsqu'il y a preuve scientifique de l'effet contraire. Considérer l'hétérogénéité de l'exposition au niveau de l'ADN, des cellules et des tissus est particulièrement important dans ce contexte. L'influence possible des effets non ciblés vers l'ADN est une complication supplémentaire importante.
4 - Les risques internes d'exposition
On suppose actuellement pour la radioprotection que les rayonnements ionisants des sources internes et extérieures provoquent les effets semblables sur les tissus. Tandis que l'irradiation externe soumet habituellement des tissus à une irradiation raisonnablement uniforme, ce n'est souvent pas le cas pour des sources de rayonnement en contamination interne. Pour les émissions à faible rayon d'action, telles que les particules ALPHA et les électrons Auger, la situation microscopique des radionucléides dans les tissus est particulièrement important par rapport aux cellules à risque et aux structures de tissu. La situation est encore compliquée par les différences de qualité de rayonnement (voir ci-dessus). Même au niveau des tissus entiers ou des composants importants du tissu, l'évaluation des doses moyennes (ou les coefficients de dose) de l'incorporation des radionucléides exige des calculs de modèles biocinétiques et dosimétriques très complexes. Celles-ci peuvent être relativement précises pour des situations bien caractérisées et pratiquement appropriées comme dans l'industrie nucléaire, mais pour d'autres la gamme d'incertitude peut s'étendre sur plusieurs ordres de grandeur. La comparaison des risques dérivée de l'approche dosimétrique de l'ICRP et de celle obtenue à partir des observations épidémiologiques directes dans les quelques situations disponibles, indique que les anomalies peuvent varier environ d'un facteur 2 dans certains cas à 10 ou à plus dans d'autres.
Les limites pour l'incorporation des émetteurs internes issus de l'environnement sont actuellement fixées sur la base de leurs coefficients de dose, calculés selon la méthodologie de l'ICRP pour la dose effective. On n'explicite aucunement le caractère approprié ou non des valeurs standard de wR et de wT pour ces émetteurs internes non homogènes.
Des méthodes généralement semblables sont employées pour la dosimétrie des émetteurs internes dans la pratique médicale, qui inclut une variété croissante de composés radiopharmaceutiques pour le ciblage spécifique dans les tissus; particulièrement dans ce cas, il y a une conscience insuffisante des grandes incertitudes dans certains des coefficients de dose utilisés.
5 - Les effets non cancéreux
Le système actuel de radioprotection est basé principalement sur la protection contre le risque de cancer. Une petite allocation additionnelle est faite pour le détriment héréditaire possible. Il est bien établi que des doses moyennes à élevées de rayonnement peuvent également augmenter l'occurrence d'une série d'effets non cancéreux chez les individus exposés, mais pour les besoins de la radioprotection il a été généralement supposé qu'il y a un seuil de dose au-dessous duquel un effet non cancéreux significatif (sauf maladie héréditaire) ne surgit pas. Les études récentes ont cependant mis en question cette prétention, en particulier en ce qui concerne les maladies circulatoires (c.-à-d. maladie cardiaque et attaque cérébrale), des effets sur la fonction cognitive après exposition de rayonnement dans l'enfance et l'apparition d'opacités dans le cristallin de l'oeil (cataracte) (UNSCEAR 2008a). Dans chaque cas les études épidémiologiques ont suggéré la possibilité que ces effets puissent surgir après exposition à des doses très inférieures à celles qu'on pensait précédemment et probablement dans la marge des faibles doses produites dans l'utilisation du rayonnement dans l'industrie et la médecine.
Les mécanismes derrière ces effets non cancéreux ne sont pas bien compris et ils doivent être étudiés, y compris les rôles potentiels des effets non ciblés (UNSCEAR 2008b). Pour leurs recommandations récentes, l'ICRP a jugé que les données disponibles pour ces maladies non cancéreuses ne permettaient pas leur inclusion dans l'évaluation du détriment lié aux faibles doses de rayonnement (l'ICRP 2008). Cependant, si une réponse linéaire sans seuil était à appliquer à la maladie circulatoire, alors, sur la base de l'épidémiologie actuelle des survivants de la bombe atomique ce facteur de risque pourrait être de grandeur suffisante pour exiger son incorporation explicite dans le système de protection contre les rayonnements sur une base comparable à celle pour le cancer. Ceci pourrait impliquer des changements aux limites de dose et des contraintes, mais également des changements structurels des facteurs de pondération des rayonnements et d'autres aspects.
Les expositions dans l'enfance et les effets possibles sur le cerveau en développement nécessitent des investigations plus poussées, en particulier dans le cadre des expositions médicales. Les approches épidémiologiques bien conduites continueront à être essentielles en abordant chacun de ces secteurs. Cependant, de nouveaux modèles animaux plus appropriés doivent également être développés pour des études mécanistes des effets circulatoires à de faibles doses et pour les effets sur l'apprentissage et les fonctions cognitives. Il est aussi nécessaire de mieux comprendre de quelle façon les quelques modifications observées chez les animaux exposés de façon chronique à de bas niveaux de contamination par les radionucléides (par exemple, uranium, césium) pourraient conduire à des effets cliniques. Bien que les analyses des risques héritables liés à une exposition des gonades soient relativement bien développées, il reste important de garder le sujet sous contrôle et de maintenir la compétence scientifique pour entreprendre d'autres études si de nouveaux éléments surviennent.
lundi 22 septembre 2008
jeudi 18 septembre 2008
Youri Bandajevsky: conférence internationale à Vilnius le 9 octobre prochain.
« Mon objectif est le soutien aux liquidateurs et aux victimes de Tchernobyl. Ma position est ancienne, claire, constante, ouverte et connue.
La proposition d'association de toutes les bonnes volontés sur les plans scientifique, humanitaire et financier a été, est et restera ouverte. Nous avons une responsabilité collective dans le combat pour l'indépendance de la recherche et pour l'efficacité du soutien aux victimes de Tchernobyl. Je pense que nous ne pouvons rester sans agir.
Pour faciliter les échanges entre les membres de la communauté scientifique et de la société civile internationale avec qui nous partageons des objectifs communs, j'ai organisé une conférence internationale à Vilnius le 9 octobre prochain. Le NED est la seule institution ayant proposé un soutien. Ce soutien consiste essentiellement en l'impression des actes de la conférence qui réunissent les textes adressés par chaque conférencier, dans leur intégralité et dans le respect absolu de la liberté de penser de chacun. L’inscription à cette conférence est libre et gratuite. Toute personne intéressée est invitée à y assister.
Cette source de financement, bien qu'elle soit minime, a suscité des commentaires parfois erronés. Ces quelques lignes visent à clarifier la situation en diffusant une information exacte.
Je garde l'espoir que la communauté médicale et la société civile européennes poursuivent et amplifient leurs actions de recherche scientifique sur les liens entre écologie et santé, et leurs actions de soutien aux victimes de Tchernobyl.
Pr Y. Bandajevsky»
La proposition d'association de toutes les bonnes volontés sur les plans scientifique, humanitaire et financier a été, est et restera ouverte. Nous avons une responsabilité collective dans le combat pour l'indépendance de la recherche et pour l'efficacité du soutien aux victimes de Tchernobyl. Je pense que nous ne pouvons rester sans agir.
Pour faciliter les échanges entre les membres de la communauté scientifique et de la société civile internationale avec qui nous partageons des objectifs communs, j'ai organisé une conférence internationale à Vilnius le 9 octobre prochain. Le NED est la seule institution ayant proposé un soutien. Ce soutien consiste essentiellement en l'impression des actes de la conférence qui réunissent les textes adressés par chaque conférencier, dans leur intégralité et dans le respect absolu de la liberté de penser de chacun. L’inscription à cette conférence est libre et gratuite. Toute personne intéressée est invitée à y assister.
Cette source de financement, bien qu'elle soit minime, a suscité des commentaires parfois erronés. Ces quelques lignes visent à clarifier la situation en diffusant une information exacte.
Je garde l'espoir que la communauté médicale et la société civile européennes poursuivent et amplifient leurs actions de recherche scientifique sur les liens entre écologie et santé, et leurs actions de soutien aux victimes de Tchernobyl.
Pr Y. Bandajevsky»
mardi 16 septembre 2008
Nesterenko: Monologue sur le pouvoir démesuré d'un homme sur un autre
Monologue sur le pouvoir démesuré d'un homme sur un autre
« Je ne suis pas un homme de plume, je suis physicien.
Voilà pourquoi je me bornerai à parler de faits ...
Pour Tchernobyl, il faudra bien répondre un jour... Le temps viendra où il faudra payer... Comme pour 1937. Même si ce n'est que dans cinquante ans! Même s'ils sont vieux! Même s'ils sont morts! Ce sont des criminels! (Un silence.) Il faut préserver les faits... On les réclamera !
Ce jour-là, le 26 avril, j'étais à Moscou. En mission.
C'est là que j'ai appris pour la catastrophe.
J'ai aussitôt appelé Sliounkov, le premier secrétaire du Comité central de Biélorussie,à Minsk, mais on ne me l'a pas passé. J'ai renouvelé l'appel à plusieurs reprises,jusqu'à tomber sur l'un de ses assistants qui me connaissait très bien.
_ Je téléphone de Moscou. Passez-moi Sliounkov ! J'ai des informations urgentes.
Au sujet de l'accident...
J'appelais sur une ligne gouvernementale, mais l'affaire était déjà strictement confidentielle. Dès que j'ai mentionné l'accident, la liaison a été coupée. Bien sûr, tout était écouté. Inutile de préciser par qui. Les organes concernés. L'Etat dans l'Etat. Et le fait que moi, le directeur de l'Institut de l'énergie nucléaire de l'Académie des sciences de Biélorussie, membre correspondant de l'Académie des sciences, je voulais parler au premier secrétaire du Comité central n'y changeait rien. Le secret s'étendait à moi aussi.
Il me fallut batailler pendant deux heures pour que Sliounkov daigne enfin se saisir du combiné.
_ C'est un grave accident. Selon mes calculs, j'avais déjà pu contacter un certain nombre de personnes à Moscou et obtenir des informations), le nuage radioactif avance vers vous. Vers la Biélorussie. Il faut immédiatement traiter préventivement à l'iode toute la population et évacuer ceux qui vivent à proximité de la centrale. Il faut évacuer les gens et le bétail dans un rayon de cent kilomètres.
- On m'a déjà fait un rapport, m'a répondu Sliounkov.
Il y a bien eu un incendie, mais il a été maîtrisé.
Je n'ai pas pu me retenir.
"- On vous trompe ! C'est un mensonge. N'importe quel physicien vous dira que le graphite se consume à raison de cinq tonnes à l'heure. Vous pouvez déterminer vous-même combien de temps il va brûler !
J'ai pris le premier train pour Minsk. Après une nuit sans sommeil, au matin, j'étais chez moi. J'ai mesuré la thyroïde de mon fils : cent quatre-vingts microröntgens à l'heure ! La thyroïde est un parfait dosimètre. Il fallait de l'iode. De l'iode ordinaire.
Deux à trois gouttes pour les enfants dans un demi-verre d'eau. Trois à quatre gouttes pour les adultes. Le réacteur allait brûler pendant dix jours, il fallait faire ce traitement pendant dix jours. Mais personne ne nous écoutait, nous autres, les scientifiques, les médecins. La science a été entraînée dans la politique... La médecine, dans la politique. Et comment donc! Il ne faut pas oublier dans quelle situation nous nous trouvions, il y a dix ans. Le K.G.B. fonctionnait, on brouillait les radios occidentales. Il y avait des milliers de tabous, de secrets militaires, de secrets du parti... De plus, nous avions été élevés dans l'idée que l'atome pacifique soviétique n'était pas plus dangereux que le charbon ou la tourbe. Nous étions paralysés par la peur et les préjugés. Par la superstition de la foi... Mais restons-en aux faits ! Rien qu'aux faits...
Dès mon retour, le 27 avril, j'ai décidé d'aller constater par moi-même la situation
dans la région de Gomel, à la frontière ukrainienne, dans les chefs-lieux de district de Braguine, Khoïniki et Narovlia qui se trouvent à quelques dizaines de kilomètres à peine de la centrale. J'avais besoin d'une information complète. J'ai emporté des instruments pour mesurer le fond. À Braguine : trente mille microröntgens à l'heure; à Narovlia: vingt-huit mille... Les gens travaillaient la terre, préparaient la fête de Pâques, peignaient des oeufs, faisaient des gâteaux... "Quelle radiation ? De quoi s'agit-il ? Il n'y a eu aucun ordre. La direction demande des rapports sur l'avancement et le rythme des semailles." On me prenait pour un fou. " De quoi parlez-vous, professeur ?" Röntgens, microröntgens... Un langage d'extraterrestre... Retour à Minsk. Sur l'avenue principale, on vendait des pirojki farcis à la viande hachée, des glaces, des petits pains. Sous le nuage radioactif...
Le 29 avril. Je m'en souviens avec exactitude... À huit heures du matin, j'attendais déjà dans l'antichambre de Sliounkov. Même si j'insistais, faisais du forcing, personne n'acceptait de me recevoir. À cinq heures et demie du soir, un célèbre poète biélorusse est sorti du bureau de Sliounkov. Nous nous connaissions bien.
_ Avec le camarade Sliounkov, me dit-il, nous avons abordé les problèmes de la culture biélorusse.
J'explosai :
_ Mais bientôt, il n'y aura plus personne pour développer cette culture. Il n'y aura plus de lecteurs pour vos livres, si nous n'évacuons pas d'urgence les environs de Tchernobyl. Si nous ne les sauvons pas !
_ Mais de quoi parlez-vous? On m'a dit que l'incendie a déjà été éteint.
Je suis finalement parvenu à me frayer un chemin jusqu'à Sliounkov et à lui décrire le tableau que j'avais vu la veille. Il fallait sauver tous ces gens ! En Ukraine (j'avais téléphoné), l'évacuation avait déjà commencé...
_ Pourquoi est-ce que les dosimétristes de votre Institut courent partout dans la ville en semant la panique ? me demande-t-il. J'ai consulté l'académicien Iliné, à Moscou.
Selon ses services, tout est normal, ici... Une commission gouvernementale est au travail, là-bas. Et le parquet. L'armée, les moyens techniques militaires sont déjà sur place pour colmater la brèche.
Des milliers de tonnes de césium, d'iode, de plomb, de zirconium, de cadmium, de béryllium, de bore et une quantité inconnue de plutonium (dans les réacteurs de type RBMK à uranium-graphite du genre de Tchernobyl, on enrichissait du plutonium militaire qui servait à la production des bombes atomiques) étaient déjà retombées sur notre terre. Au total, quatre cent cinquante types de radionucléides différents.
Leur quantité était égale à trois cent cinquante bombes de Hiroshima. Il fallait parler de physique, des lois de la physique. Et eux, ils parlaient d'ennemis. Ils cherchaient des ennemis !
Tôt ou tard, ils auront à répondre de cela.
- Vous allez vous justifier, disais-je à Sliounkov, en prétendant que vous êtes un constructeur de tracteurs (il avait dirigé une usine de tracteurs avant de faire carrière dans le parti) et que vous ne comprenez rien à la radiation. Mais moi, je suis physicien et j'ai une bonne connaissance des conséquences de la catastrophe.
Mais comment ? Un physicien quelconque osait donner des leçons au Comité central ? Non, ce n'étaient pas des criminels, mais des ignorants. Un complot de l'ignorance et du corporatisme. Le principe de leur vie, à l'école des apparatchiks: ne pas sortir le nez dehors. On devait justement promouvoir Sliounkov à un poste important, à Moscou. C'était cela. Je pense qu'il a dû recevoir un coup de fil du Kremlin, de Gorbatchev: Surtout pas de vagues, ne semez pas la panique, il y a déjà assez de bruit autour de cela en Occident. Les règles du jeu étaient simples: si vous ne répondez pas aux exigences de vos supérieurs, vous ne serez pas promu, on ne vous accordera pas le séjour souhaité dans une villégiature privilégiée ou la datcha que vous voulez ... Si nous étions restés dans un système· fermé, derrière le rideau de fer, les gens seraient demeurés à proximité immédiate de la centrale. On y aurait créé une région secrète, comme à Kychtyrn ou Semipalatinsk1. Nous sommes dans un pays stalinien. Il est encore stalinien à ce jour...
Dans les instructions de sécurité nucléaire, on prescrit la distribution préventive de doses d'iode pour l'ensemble de la population en cas de menace d’accident ou 1 En 1957, un accident nucléaire (une explosion chimique dans une cuve contenant des déchets radioactifs) se produisit dans la ville secrète de Tcheliabinsk-40, près de la localité de Kychtym, dans l'Oural, contaminant une zone de plus de mille kilomètres carrés. C'est notamment à Semipalatinsk, au Kazakhstan, qu'étaient testées les bombes nucléaires et thermonucléaires soviétiques. (N.d.T.) d'attaque atomique. En cas de menace ! Et là, trois mille microröntgens à l'heure... Mais les responsables ne se faisaient pas du souci pour les gens, ils s'en faisaient pour leur pouvoir. Nous vivons dans un pays de pouvoir et non un pays d'êtres humains. L'État bénéficie d'une priorité absolue. Et la valeur de la vie humaine est réduite à zéro. On aurait pourtant bien pu trouver des moyens d'agir ! Sans rien annoncer et sans semer la panique... Simplement en introduisant des préparations à l'iode dans les réservoirs d'eau potable, en les ajoutant dans le lait. Les gens auraient peut-être senti que l'eau et le lait avaient un goût légèrement différent, mais cela se serait arrêté là. La ville était en possession de sept cents kilogrammes de ces préparations qui sont restées dans les entrepôts... Nos responsables avaient plus peur de la colère de leurs supérieurs que de l'atome. Chacun attendait un coup de fil, un ordre, mais n'entreprenait rien de lui-même. Moi, j'avais toujours un dosimètre dans ma serviette. Lorsqu'on ne me laissait pas entrer quelque part (les grands chefs finissaient par en avoir marre de moi !), j'apposais le dosimètre sur la thyroïde des secrétaires ou des membres du personnel qui attendaient dans l'antichambre. Ils s'effrayaient et, parfois, ils me laissaient entrer.
- Mais à quoi bon ces crises d'hystérie, professeur? me disait-on alors. Vous n'êtes pas le seul à prendre soin du peuple biélorusse. De toute manière, l'homme doit bien mourir de quelque chose: le tabac, les accidents de la route, le suicide."
Ils se moquaient des Ukrainiens qui "se traînaient à genoux" au Kremlin en quémandant de l'argent, des médicaments, des dosimètres (dont on ne disposait pas en quantité suffisante). Notre Sliounkov, lui, s'est borné à faire un bref rapport: "Tout est normal. Nous surmonterons les problèmes par nos propres moyens." On le félicita: "Bravo, les petits frères biélorusses !"
Mais combien de vies ont-elles coûté, ces félicitations ? Je sais bien que les chefs, eux, prenaient de l'iode. Lorsque les gars de notre Institut les examinaient, ils avaient tous la thyroïde en parfait état. Cela n'est pas possible sans iode. Et ils ont envoyé leurs enfants bien loin, en catimini. Lorsqu'ils se rendaient en inspection dans les régions contaminées, ils portaient des masques et des vêtements de protection. Tout ce dont les autres ne disposaient pas. Et aujourd'hui on sait même qu'un troupeau de vaches spécial paissait aux environs de Minsk. Chaque animal était numéroté et affecté à une famille donnée. À titre personnel. Il y avait aussi des terres spéciales, des serres spéciales... Un contrôle spécial... C'est le plus dégoûtant... (Après un silence.) Et personne n'a encore répondu de cela...
Lorsque l'on a cessé de me recevoir et de m'écouter, je les ai inondés de lettres et de rapports. J'envoyais des cartes, des chiffres à toutes les instances. J'ai constitué un dossier: quatre chemises de deux cent cinquante feuilles chacune. Des faits, rien que des faits. J'en ai pris une copie. Je gardais l'un des deux exemplaires au bureau et cachais l'autre à la maison. C'est ma femme qui s'en est chargée. Pourquoi cette copie ? Nous vivons dans un pays bien particulier... Je fermais toujours personnellement mon bureau. Au retour d'une mission, mes dossiers avaient disparu... Mais j'ai grandi en Ukraine. Mes ancêtres étaient des Cosaques. J'ai le caractère cosaque. J'ai continué d'écrire. De faire des conférences. Il fallait sauver les gens. Les évacuer d'urgence ! Nous avons multiplié nos missions d'enquête.
Notre Institut a dressé la première carte des régions contaminées... Tout le sud de la république.
Mais tout cela, c'est déjà de l'histoire... L'histoire d'un crime !
L'Institut s'est vu confisquer - sans explication - tous les appareils destinés au contrôle des radiations. On me téléphonait à la maison, pour me menacer:
« Je ne suis pas un homme de plume, je suis physicien.
Voilà pourquoi je me bornerai à parler de faits ...
Pour Tchernobyl, il faudra bien répondre un jour... Le temps viendra où il faudra payer... Comme pour 1937. Même si ce n'est que dans cinquante ans! Même s'ils sont vieux! Même s'ils sont morts! Ce sont des criminels! (Un silence.) Il faut préserver les faits... On les réclamera !
Ce jour-là, le 26 avril, j'étais à Moscou. En mission.
C'est là que j'ai appris pour la catastrophe.
J'ai aussitôt appelé Sliounkov, le premier secrétaire du Comité central de Biélorussie,à Minsk, mais on ne me l'a pas passé. J'ai renouvelé l'appel à plusieurs reprises,jusqu'à tomber sur l'un de ses assistants qui me connaissait très bien.
_ Je téléphone de Moscou. Passez-moi Sliounkov ! J'ai des informations urgentes.
Au sujet de l'accident...
J'appelais sur une ligne gouvernementale, mais l'affaire était déjà strictement confidentielle. Dès que j'ai mentionné l'accident, la liaison a été coupée. Bien sûr, tout était écouté. Inutile de préciser par qui. Les organes concernés. L'Etat dans l'Etat. Et le fait que moi, le directeur de l'Institut de l'énergie nucléaire de l'Académie des sciences de Biélorussie, membre correspondant de l'Académie des sciences, je voulais parler au premier secrétaire du Comité central n'y changeait rien. Le secret s'étendait à moi aussi.
Il me fallut batailler pendant deux heures pour que Sliounkov daigne enfin se saisir du combiné.
_ C'est un grave accident. Selon mes calculs, j'avais déjà pu contacter un certain nombre de personnes à Moscou et obtenir des informations), le nuage radioactif avance vers vous. Vers la Biélorussie. Il faut immédiatement traiter préventivement à l'iode toute la population et évacuer ceux qui vivent à proximité de la centrale. Il faut évacuer les gens et le bétail dans un rayon de cent kilomètres.
- On m'a déjà fait un rapport, m'a répondu Sliounkov.
Il y a bien eu un incendie, mais il a été maîtrisé.
Je n'ai pas pu me retenir.
"- On vous trompe ! C'est un mensonge. N'importe quel physicien vous dira que le graphite se consume à raison de cinq tonnes à l'heure. Vous pouvez déterminer vous-même combien de temps il va brûler !
J'ai pris le premier train pour Minsk. Après une nuit sans sommeil, au matin, j'étais chez moi. J'ai mesuré la thyroïde de mon fils : cent quatre-vingts microröntgens à l'heure ! La thyroïde est un parfait dosimètre. Il fallait de l'iode. De l'iode ordinaire.
Deux à trois gouttes pour les enfants dans un demi-verre d'eau. Trois à quatre gouttes pour les adultes. Le réacteur allait brûler pendant dix jours, il fallait faire ce traitement pendant dix jours. Mais personne ne nous écoutait, nous autres, les scientifiques, les médecins. La science a été entraînée dans la politique... La médecine, dans la politique. Et comment donc! Il ne faut pas oublier dans quelle situation nous nous trouvions, il y a dix ans. Le K.G.B. fonctionnait, on brouillait les radios occidentales. Il y avait des milliers de tabous, de secrets militaires, de secrets du parti... De plus, nous avions été élevés dans l'idée que l'atome pacifique soviétique n'était pas plus dangereux que le charbon ou la tourbe. Nous étions paralysés par la peur et les préjugés. Par la superstition de la foi... Mais restons-en aux faits ! Rien qu'aux faits...
Dès mon retour, le 27 avril, j'ai décidé d'aller constater par moi-même la situation
dans la région de Gomel, à la frontière ukrainienne, dans les chefs-lieux de district de Braguine, Khoïniki et Narovlia qui se trouvent à quelques dizaines de kilomètres à peine de la centrale. J'avais besoin d'une information complète. J'ai emporté des instruments pour mesurer le fond. À Braguine : trente mille microröntgens à l'heure; à Narovlia: vingt-huit mille... Les gens travaillaient la terre, préparaient la fête de Pâques, peignaient des oeufs, faisaient des gâteaux... "Quelle radiation ? De quoi s'agit-il ? Il n'y a eu aucun ordre. La direction demande des rapports sur l'avancement et le rythme des semailles." On me prenait pour un fou. " De quoi parlez-vous, professeur ?" Röntgens, microröntgens... Un langage d'extraterrestre... Retour à Minsk. Sur l'avenue principale, on vendait des pirojki farcis à la viande hachée, des glaces, des petits pains. Sous le nuage radioactif...
Le 29 avril. Je m'en souviens avec exactitude... À huit heures du matin, j'attendais déjà dans l'antichambre de Sliounkov. Même si j'insistais, faisais du forcing, personne n'acceptait de me recevoir. À cinq heures et demie du soir, un célèbre poète biélorusse est sorti du bureau de Sliounkov. Nous nous connaissions bien.
_ Avec le camarade Sliounkov, me dit-il, nous avons abordé les problèmes de la culture biélorusse.
J'explosai :
_ Mais bientôt, il n'y aura plus personne pour développer cette culture. Il n'y aura plus de lecteurs pour vos livres, si nous n'évacuons pas d'urgence les environs de Tchernobyl. Si nous ne les sauvons pas !
_ Mais de quoi parlez-vous? On m'a dit que l'incendie a déjà été éteint.
Je suis finalement parvenu à me frayer un chemin jusqu'à Sliounkov et à lui décrire le tableau que j'avais vu la veille. Il fallait sauver tous ces gens ! En Ukraine (j'avais téléphoné), l'évacuation avait déjà commencé...
_ Pourquoi est-ce que les dosimétristes de votre Institut courent partout dans la ville en semant la panique ? me demande-t-il. J'ai consulté l'académicien Iliné, à Moscou.
Selon ses services, tout est normal, ici... Une commission gouvernementale est au travail, là-bas. Et le parquet. L'armée, les moyens techniques militaires sont déjà sur place pour colmater la brèche.
Des milliers de tonnes de césium, d'iode, de plomb, de zirconium, de cadmium, de béryllium, de bore et une quantité inconnue de plutonium (dans les réacteurs de type RBMK à uranium-graphite du genre de Tchernobyl, on enrichissait du plutonium militaire qui servait à la production des bombes atomiques) étaient déjà retombées sur notre terre. Au total, quatre cent cinquante types de radionucléides différents.
Leur quantité était égale à trois cent cinquante bombes de Hiroshima. Il fallait parler de physique, des lois de la physique. Et eux, ils parlaient d'ennemis. Ils cherchaient des ennemis !
Tôt ou tard, ils auront à répondre de cela.
- Vous allez vous justifier, disais-je à Sliounkov, en prétendant que vous êtes un constructeur de tracteurs (il avait dirigé une usine de tracteurs avant de faire carrière dans le parti) et que vous ne comprenez rien à la radiation. Mais moi, je suis physicien et j'ai une bonne connaissance des conséquences de la catastrophe.
Mais comment ? Un physicien quelconque osait donner des leçons au Comité central ? Non, ce n'étaient pas des criminels, mais des ignorants. Un complot de l'ignorance et du corporatisme. Le principe de leur vie, à l'école des apparatchiks: ne pas sortir le nez dehors. On devait justement promouvoir Sliounkov à un poste important, à Moscou. C'était cela. Je pense qu'il a dû recevoir un coup de fil du Kremlin, de Gorbatchev: Surtout pas de vagues, ne semez pas la panique, il y a déjà assez de bruit autour de cela en Occident. Les règles du jeu étaient simples: si vous ne répondez pas aux exigences de vos supérieurs, vous ne serez pas promu, on ne vous accordera pas le séjour souhaité dans une villégiature privilégiée ou la datcha que vous voulez ... Si nous étions restés dans un système· fermé, derrière le rideau de fer, les gens seraient demeurés à proximité immédiate de la centrale. On y aurait créé une région secrète, comme à Kychtyrn ou Semipalatinsk1. Nous sommes dans un pays stalinien. Il est encore stalinien à ce jour...
Dans les instructions de sécurité nucléaire, on prescrit la distribution préventive de doses d'iode pour l'ensemble de la population en cas de menace d’accident ou 1 En 1957, un accident nucléaire (une explosion chimique dans une cuve contenant des déchets radioactifs) se produisit dans la ville secrète de Tcheliabinsk-40, près de la localité de Kychtym, dans l'Oural, contaminant une zone de plus de mille kilomètres carrés. C'est notamment à Semipalatinsk, au Kazakhstan, qu'étaient testées les bombes nucléaires et thermonucléaires soviétiques. (N.d.T.) d'attaque atomique. En cas de menace ! Et là, trois mille microröntgens à l'heure... Mais les responsables ne se faisaient pas du souci pour les gens, ils s'en faisaient pour leur pouvoir. Nous vivons dans un pays de pouvoir et non un pays d'êtres humains. L'État bénéficie d'une priorité absolue. Et la valeur de la vie humaine est réduite à zéro. On aurait pourtant bien pu trouver des moyens d'agir ! Sans rien annoncer et sans semer la panique... Simplement en introduisant des préparations à l'iode dans les réservoirs d'eau potable, en les ajoutant dans le lait. Les gens auraient peut-être senti que l'eau et le lait avaient un goût légèrement différent, mais cela se serait arrêté là. La ville était en possession de sept cents kilogrammes de ces préparations qui sont restées dans les entrepôts... Nos responsables avaient plus peur de la colère de leurs supérieurs que de l'atome. Chacun attendait un coup de fil, un ordre, mais n'entreprenait rien de lui-même. Moi, j'avais toujours un dosimètre dans ma serviette. Lorsqu'on ne me laissait pas entrer quelque part (les grands chefs finissaient par en avoir marre de moi !), j'apposais le dosimètre sur la thyroïde des secrétaires ou des membres du personnel qui attendaient dans l'antichambre. Ils s'effrayaient et, parfois, ils me laissaient entrer.
- Mais à quoi bon ces crises d'hystérie, professeur? me disait-on alors. Vous n'êtes pas le seul à prendre soin du peuple biélorusse. De toute manière, l'homme doit bien mourir de quelque chose: le tabac, les accidents de la route, le suicide."
Ils se moquaient des Ukrainiens qui "se traînaient à genoux" au Kremlin en quémandant de l'argent, des médicaments, des dosimètres (dont on ne disposait pas en quantité suffisante). Notre Sliounkov, lui, s'est borné à faire un bref rapport: "Tout est normal. Nous surmonterons les problèmes par nos propres moyens." On le félicita: "Bravo, les petits frères biélorusses !"
Mais combien de vies ont-elles coûté, ces félicitations ? Je sais bien que les chefs, eux, prenaient de l'iode. Lorsque les gars de notre Institut les examinaient, ils avaient tous la thyroïde en parfait état. Cela n'est pas possible sans iode. Et ils ont envoyé leurs enfants bien loin, en catimini. Lorsqu'ils se rendaient en inspection dans les régions contaminées, ils portaient des masques et des vêtements de protection. Tout ce dont les autres ne disposaient pas. Et aujourd'hui on sait même qu'un troupeau de vaches spécial paissait aux environs de Minsk. Chaque animal était numéroté et affecté à une famille donnée. À titre personnel. Il y avait aussi des terres spéciales, des serres spéciales... Un contrôle spécial... C'est le plus dégoûtant... (Après un silence.) Et personne n'a encore répondu de cela...
Lorsque l'on a cessé de me recevoir et de m'écouter, je les ai inondés de lettres et de rapports. J'envoyais des cartes, des chiffres à toutes les instances. J'ai constitué un dossier: quatre chemises de deux cent cinquante feuilles chacune. Des faits, rien que des faits. J'en ai pris une copie. Je gardais l'un des deux exemplaires au bureau et cachais l'autre à la maison. C'est ma femme qui s'en est chargée. Pourquoi cette copie ? Nous vivons dans un pays bien particulier... Je fermais toujours personnellement mon bureau. Au retour d'une mission, mes dossiers avaient disparu... Mais j'ai grandi en Ukraine. Mes ancêtres étaient des Cosaques. J'ai le caractère cosaque. J'ai continué d'écrire. De faire des conférences. Il fallait sauver les gens. Les évacuer d'urgence ! Nous avons multiplié nos missions d'enquête.
Notre Institut a dressé la première carte des régions contaminées... Tout le sud de la république.
Mais tout cela, c'est déjà de l'histoire... L'histoire d'un crime !
L'Institut s'est vu confisquer - sans explication - tous les appareils destinés au contrôle des radiations. On me téléphonait à la maison, pour me menacer:
- Arrêtez de faire peur aux gens, professeur. Nous allons vous exiler dans des contrées éloignées. Vous ne devinez pas où ? Eh bien , vous avez la mémoire courte.
On exerçait aussi des pressions sur les employés de l'Institut. On les intimidait de la même manière.
J'ai écrit à Moscou ...
Platonov, le président de notre Académie des sciences, m'a convoqué.
- Le peuple biélorusse se souviendra un jour de toi, car tu as beaucoup fait pour lui. Mais tu n'aurais pas dû écrire à Moscou. Tu n'aurais pas dû ! Maintenant, on exige que je te limoge. Pourquoi as-tu écrit? Ne comprends-tu pas à quoi tu t'attaques? J'avais des chiffres, des cartes. Et eux? Ils pouvaient m'interner en asile psychiatrique. En tout cas, ils m'ont menacé de le faire. Ils pouvaient organiser un accident de voiture. Ils m'ont prévenu de cela, aussi. Ils pouvaient également ouvrir une information judiciaire pour activités antisoviétiques. Ou pour escroquerie, par exemple, à cause d'une caisse de clous qui n'avait pas été enregistrée par l'économe de l'Institut.
Une enquête a été ouverte... Et ils ont obtenu le résultat souhaité: j'ai été victime d'un infarctus... (Il se tait.)
J'ai tout marqué. Tout est dans le dossier. Rien que des faits...
Nous examinions les enfants dans les villages... Garçons et filles... Mille cinq cents, deux mille, trois mille microrëntgens... Plus de trois mille... Ces filles ne pourront jamais être mères. Elles ont des séquelles génétiques... Un tracteur labourait un champ. J'ai demandé au représentant du comité de district du parti, qui nous accompagnait:
- Le tractoriste est-il au moins protégé par un masque ?
- Non, ils travaillent sans.
- Pourquoi ? Vous n'en avez pas ?
- Pas du tout ! Nous en avons, en quantité suffisante au moins jusqu'à l'an deux mille. Mais nous ne les distribuons pas pour éviter la panique. Tout le monde s'enfuirait !
- Vous rendez-vous compte de ce que vous faites ?
- Bien sûr, pour vous c'est facile de discuter, professeur. Si on vous chasse de votre travail vous en trouverez un autre. Mais moi, où j'irais ?
Vous vous rendez compte de l'étendue de ce pouvoir !
Un pouvoir illimité d'une personne sur quelqu'un d'autre. Ce n'est plus de la tromperie. C'est une guerre. Une guerre contre des innocents !
Nous avancions le long du Pripiat. Des familles entières y passaient leurs vacances, en camping. Les gens se baignaient, bronzaient. Ils ignoraient que, depuis quelques semaines, ils se prélassaient sous un nuage radioactif. Il nous était strictement interdit d'entrer en contact avec la population, mais j'ai vu des enfants... Je me suis approché pour leur parler. Les gens étaient perplexes: "Et pourquoi personne n'en parle, à la radio et à la télé ?" Notre accompagnateur se taisait. Nous étions toujours escortés par un représentant des autorités locales. C'étaient les ordres ... Je pouvais voir sur son visage le dilemme qui se posait à lui: cafarder ou ne pas cafarder ?
Mais, en même temps je voyais qu'il avait pitié de ces gens. C'était tout de même un homme normal... Mais j'ignorais quel sentiment l'emporterait, à notre retour.
Rapporterait-il ou non ? Chacun faisait son choix... (Il demeure silencieux).
Que devons-nous faire aujourd'hui de cette vérité? S'il y avait une autre explosion, tout recommencerait. Nous sommes toujours un pays stalinien... Et l'homme stalinien vit toujours... »
Vassili Borissovitch Nesterenko, ancien directeur de l'Institut de l'énergie nucléaire de l'Académie des sciences de Biélorussie.
Source : La supplication, Svetlana Alexievitch, Éd. J’ai lu
On exerçait aussi des pressions sur les employés de l'Institut. On les intimidait de la même manière.
J'ai écrit à Moscou ...
Platonov, le président de notre Académie des sciences, m'a convoqué.
- Le peuple biélorusse se souviendra un jour de toi, car tu as beaucoup fait pour lui. Mais tu n'aurais pas dû écrire à Moscou. Tu n'aurais pas dû ! Maintenant, on exige que je te limoge. Pourquoi as-tu écrit? Ne comprends-tu pas à quoi tu t'attaques? J'avais des chiffres, des cartes. Et eux? Ils pouvaient m'interner en asile psychiatrique. En tout cas, ils m'ont menacé de le faire. Ils pouvaient organiser un accident de voiture. Ils m'ont prévenu de cela, aussi. Ils pouvaient également ouvrir une information judiciaire pour activités antisoviétiques. Ou pour escroquerie, par exemple, à cause d'une caisse de clous qui n'avait pas été enregistrée par l'économe de l'Institut.
Une enquête a été ouverte... Et ils ont obtenu le résultat souhaité: j'ai été victime d'un infarctus... (Il se tait.)
J'ai tout marqué. Tout est dans le dossier. Rien que des faits...
Nous examinions les enfants dans les villages... Garçons et filles... Mille cinq cents, deux mille, trois mille microrëntgens... Plus de trois mille... Ces filles ne pourront jamais être mères. Elles ont des séquelles génétiques... Un tracteur labourait un champ. J'ai demandé au représentant du comité de district du parti, qui nous accompagnait:
- Le tractoriste est-il au moins protégé par un masque ?
- Non, ils travaillent sans.
- Pourquoi ? Vous n'en avez pas ?
- Pas du tout ! Nous en avons, en quantité suffisante au moins jusqu'à l'an deux mille. Mais nous ne les distribuons pas pour éviter la panique. Tout le monde s'enfuirait !
- Vous rendez-vous compte de ce que vous faites ?
- Bien sûr, pour vous c'est facile de discuter, professeur. Si on vous chasse de votre travail vous en trouverez un autre. Mais moi, où j'irais ?
Vous vous rendez compte de l'étendue de ce pouvoir !
Un pouvoir illimité d'une personne sur quelqu'un d'autre. Ce n'est plus de la tromperie. C'est une guerre. Une guerre contre des innocents !
Nous avancions le long du Pripiat. Des familles entières y passaient leurs vacances, en camping. Les gens se baignaient, bronzaient. Ils ignoraient que, depuis quelques semaines, ils se prélassaient sous un nuage radioactif. Il nous était strictement interdit d'entrer en contact avec la population, mais j'ai vu des enfants... Je me suis approché pour leur parler. Les gens étaient perplexes: "Et pourquoi personne n'en parle, à la radio et à la télé ?" Notre accompagnateur se taisait. Nous étions toujours escortés par un représentant des autorités locales. C'étaient les ordres ... Je pouvais voir sur son visage le dilemme qui se posait à lui: cafarder ou ne pas cafarder ?
Mais, en même temps je voyais qu'il avait pitié de ces gens. C'était tout de même un homme normal... Mais j'ignorais quel sentiment l'emporterait, à notre retour.
Rapporterait-il ou non ? Chacun faisait son choix... (Il demeure silencieux).
Que devons-nous faire aujourd'hui de cette vérité? S'il y avait une autre explosion, tout recommencerait. Nous sommes toujours un pays stalinien... Et l'homme stalinien vit toujours... »
Vassili Borissovitch Nesterenko, ancien directeur de l'Institut de l'énergie nucléaire de l'Académie des sciences de Biélorussie.
Source : La supplication, Svetlana Alexievitch, Éd. J’ai lu
lundi 15 septembre 2008
Le rapport secret de l'AIEA
TCHERNOBYL
Le rapport secret de l'AIEA
http://mai68.org/ag/985.htmhttp://kalachnikov.org/ag/985.htmhttp://www.chez.com/vlr/ag/985.htmhttp://www.monhebergement.fr/do/ag/985.htm
Bonjour à toutes et à tous,
Dans le rapport qui suit, il sera souvent question d'un "document ci-joint". Il s'agit du document de travail fourni par les Soviétiques. Il est disponible ici :
http://kalachnikov.org/textes/AIEA/Document_de_travail.rar
Pour les liens ci-dessous, faire un "clic droit" puis enregistrer sous. Et enlever la pseudo extension ".avi" pour décompresser.
http://marseille.indymedia.org/uploads/2006/04/document_de_travail.rar.avi
http://www.cemab.be/uploads/2006/04/document_de_travail.rar.avi
http://liege.indymedia.org/uploads/2006/04/document_de_travail.rar.avi
Et très bientôt en d'autres endroits.
Il est constitué de 63 images numérotées de 0 à 62. Chaque image est la photo d'une page du document de travail fourni par les Russes. Pour les regarder, je conseille le très vieux et inégalable Acdsee95 dont la version shareware-éternelle se télécharge gratuitement à l'un des deux liens suivants :
http://www.thechipster.com/download/acdc.zip
http://download.oldversion.com/acdsee10.exe
Une partie de ce que j'ai à dire sur Tchernobyl et sur le nucléaire est disponible ici :
http://mai68.org/journal/N108/25avril2006.htm
Je demande à toute personne ayant accès à ces pages d'enregistrer sur son ordinateur le rapport de l'AIEA ci-dessous ainsi que le document de travail fourni par les soviétiques (disponible à divers liens ci-dessus) afin que jamais ces documents ne puissent être censurés. Mettez-les sur vos sites internet, faites-les circuler, etc. Merci.
Merci pour votre attention, Meilleures salutations, do http://mai68.org
Le rapport de l'AIEA commence sous la double ligne ci-dessous :
_________________________________________________________________¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯
- 1 -
ELECTRICITE DE FRANCE
Direction de la Production Transport le 01.09.86Service de la Production Thermique
REUNION D'EXPERTS DE L'A.I.E.A.
SUR L'ACCIDENT DE TCHERNOBYL
I. ORGANISATION GENERALE DE LA REUNION
Cette réunion s'est tenue du 25 au 29 août 1986 au siège de l'A.I.E.A. à VIENNE.
Etaient présents 450 experts d'une cinquantaine de pays et d'une vingtaine d'organisations nationales et internationales.
La délégation française (20 participants environ) comprenait en particulier :
MM. BAEYENS - Ambassadeur, représentant permanent. ERRERA - Gouverneur A.I.E.A. pour la France. VALLADE - Sénateur, chargé d'établir un rapport sur TCHERNOBYL le Professeur PELLERIN. LAVERIE - Directeur du SCSIN. COGNE (le dernier jour) - Directeur de l'IPSN.
EDF était représenté par MM. SHEKTMANN (SEPTEN) et MIRA. Participaient également :
M. TANGUY - comme membre de l'INSAG (INTERNATIONAL NUCLEAR SAFETY ADVISORY GROUP) et
MM. BACHER et SAITCEVSKY au titre de l'UNIPEDE.
La délégation soviétique, avec le professeur LEGASOF à sa tête, comprenait une trentaine de membres dont dix environ faisaient partie de l'équipe d'experts désignée par le Comité d'Etat de l'URSS pour analyser les causes de l'accident de TCHERNOBYL.
Après une première journée de réunion plénière, les participants se sont répartis en 4 groupes de travail qui se sont réunis les mardi 26, mercredi 27 et jeudi 28
Groupe 1 : Causes de l'accident (conception - organisation formation ...) - déroulement de l'accident jusqu'à la destruction du coeur.
Président : M. EDMONDSON, CEGB et INSAG Director - Nuclear Operations Suppert Group
- 2 -
Groupe 2 : Déroulement de l'accident à partir de la destruction du coeur. Mesures post-accidentelles.
Président : M. TANGUY, EDF et INSAG Inspecteur Général pour la sûreté et la sécurité nucléaires.
Groupe 3 : Mesures d'urgence et décontamination.
Président : M. RABOLT, RDA, INSAG Vice-président, National Board for Atomic Safety and Radiation Protection.
Groupe 4 : Conséquences radiologiques de l'accident.
Professeur BENINSON, Argentine (National Atomic Energy commission, Président de la Commission Internationale de Protection Radiologique).
La matinée du dernier jour a été consacrée aux synthèses et recommandations.
Les réunions techniques n'étaient pas ouvertes à la presse, mais chaque soir avait lieu une conférence de presse avec les présidents de groupe et la délégation soviétique.
II. REUNION PLENIERE D'OUVERTURE (le 25 août 1986)
2.1. Discours d'introduction de M. Hans BLIX, Directeur Général de l'A.I.E.A.
M. BLIX rappelle que cette réunion a été organisée, à la demande du conseil des gouverneurs de l'A.I.E.A., pour recueillir les informations que les soviétiques se sont engagés à fournir.
Bien que la technique RBMK soit spécifique, l'accident de TCHERNOBYL peut fournir des enseignements, notamment dans le domaine des facteurs humains.
Il considère que l'énergie nucléaire, qui fournit 15 % de l'électricité dans le monde a passé le point de non retour.
Mais la confiance du public a été ébranlée et les spécialistes doivent comprendre ce qui s'est passé pour expliquer : il faut faire preuve d'ouverture et de franchise.
Il indique qu'un rapport, préparé par les experts de l'INSAG, sera présenté au Conseil des Gouverneurs de l'AIEA le 24 septembre puis rendu public accompagné des décisions prises par l'AIEA.
- 3 -
2.2. Discours de M. Rudolf ROMETSCH, Chef de l'Organisme Suisse s'occupant des déchets radioactifs. Président de la réunion.
M. ROMETSCH affirme la nécessité de l'énergie nucléaire dans un monde où 75 % de la population manque de ressources naturelles.
- Il considère qu'il n'y a pas de civilisation et de vie qui soient totalement exemptes de tout risque d'accident.
- Fixe trois objectifs principaux aux débats techniques qui vont s'ouvrir :
. amélioration du niveau de sûreté des installations,
. échanges d'expériences,
. amélioration de la coopération internationale dans le domaine de la sûreté nucléaire.
2.3. Intervention du Professeur Valery A. LEGASOV, Directeur Adjoint de l'Institut de l'Energie Atomique KURCHATOV, Membre de l'Académie des Sciences, Chef de la délégation soviétique.
2.3.1. Discours d'ouverture
L'URSS accorde une grande priorité au développement de l'énergie nucléaire sans lequel il ne sera pas possible d'assurer le développement du pays.
Le recours au nucléaire constitue de plus un refus de consommer de façon considérable les matières organiques et de détruire l'environnement et notamment les forêts et les eaux.
Cependant TCHERNOBYL "est une tragédie pour nos concitoyens qui ont subi des pertes physiques et morales considérables".
Les soviétiques souhaitent connaître les avis, y compris les critiques, des experts occidentaux ainsi que les enseignements tirés des grands accidents rencontrés dans les centrales nucléaires afin d'aboutir à des recommandations communes.
Les spécialistes soviétiques sont convaincus que l'accident de TCHERNOBYL, malgré sa gravité, ne peut stopper le développement du nucléaire mais qu'il est nécessaire d'encourager une coopération internationale active dans tous les domaines présentant un danger pour l'écosystème et plus précisément dans les activités du cycle nucléaire.
- 4 -
2.3.2. Présentation d'un film vidéo d'une quinzaine de minutes.
Excellent film relatant les circonstances et le déroulement de l'accident et montrant un certain nombre d'opérations et de vues post-accidentelles.
A l'évidence, les soviétiques ont fait un très gros effort médiatique de présentation. M. THOMAS s'efforcera de nous procurer une copie de cette cassette vidéo.
2.3.3. Intervention technique
- Réinsiste à nouveau sur la nécessité du nucléaire pour l'URSS.
Nota : d'une façon assez générale, nous entendrons plusieurs fois les mêmes choses, y compris et surtout pour ce qui concerne la description de la séquence accidentelle.
- L'accident de TCHERNOBYL a montré les dangers de l'énergie nucléaire. Suit alors un amalgame entre les risques du nucléaire civil et :
. la prolifération des armes nucléaires,. les dangers par rapport au terrorisme nucléaire,. les dangers présentés par les installations nucléaires civiles à l'occasion d'un conflit armé.
Tous ces risques rendent "la guerre encore plus absurde et inadmissible".
Ce discours est également présent dans le rapport écrit et sera repris lors de la séance plénière de clôture.
- Description du RBMK 1000.
Il y a actuellement environ 15 GW de puissance installée en réacteurs RBMK (14 RBMK 1000 et 1 RBMK 1500).
Cette puissance devrait augmenter mais son pourcentage dans le parc nucléaire diminuera.
Les travaux des tranches 5 et 6 de TCHERNOBYL sont arrêtés pour l'instant.
Insiste sur le bon fonctionnement de la filière RBMK qui a 100 années-réacteurs d'expérience.
_ 5 _
LENINGRAD
KURSK
TCHERNOBYL
SMOLENSK
Puissance installée au 01/01/86
4000
4000
4000
2000
Production entre 1981 et 1985 (en milliards de kwh)
140.4
82.4
106.6
23.4
Facteur de charge en 1985
84% (1)
79%
83% (2)
76%
(1) 91 % sur la tranche 4(2) 90 % sur la tranche 2
Principaux avantages de la filière RBMK :
. absence de cuve sous pression de fabrication difficile ;. rechargement continu ; . possibilité d'une surchauffe nucléaire (non réalisée) ;. fiabilité thermique élevée ; . durabilité du réacteur.
Inconvénients majeurs :
. coefficient de vide positif (2.10 -4 par volume .% vapeur dû à la transition de phase dans le caloporteur ;
. forte sensibilité du flux neutronique à différents types de perturbation de réactivité, nécessitant un système de contrôle complexe ;
. complexité du système caloporteur à l'entrée et à la sortie du coeur ;
. forte accumulation d'énergie thermique dans les structures métalliques et l'empilement graphite.
Les caractéristiques du RBMK sont décrites dans le document ci-joint. Parmi ces caractéristiques, le Professeur LEGOSOF a particulièrement insisté sur :
le critère des 30 barres. Afin d'assurer une vitesse d'insertion d'anti-réactivité suffisante pour compenser l'effet de vide, il doit y avoir en permanence dans le coeur l'équivalent de 30 barres de pilotage. Ce critère ne peut être transgressé qu'après 1'autorisation de l'ingénieur en chef de 1a centrale. En aucun cas (même le premier ministre ne peut donner une telle autorisation !) le nombre de barres équivalentes ne peut étre réduit à moins de 15 .
_ 6 _
Pourquoi une exigence aussi cruciale et essentielle ne faisait-elle pas l'objet d'une automatisation ?
Parce que, lors de la conception du RBMK, il a été jugé que la fiabilité d'un tel dispositif était moins bonne que celle de l'opérateur !
. Le confinement. Toutes les zones potentiellement dangereuses sont placées dans des confinements capables de résister à une surpression provoquée par une rupture du circuit primaire (les locaux des collecteurs d'entrée et de sortie d'eau de refroidissement du coeur résistent à une surpression de 0,08 MPa. Les locaux des séparateurs et des pompes de circulation à une surpression de 0,45 MPa). Ces confinements sont reliés par des systèmes de décharge à la piscine de suppression de pression.
Les soviétiques considèrent que ce dispositif de confinement est équivalent à celui utilisé dans la filière VVER (à eau pressurisée). Il n'a pas été tenu compte cependant d'une explosion.
Il faut noter de plus qu'il n'y a pas d'arrêt d'urgence dans ces réacteurs. Afin de limiter le nombre de passages par zéro, il existe un système de réduction de puissance à plusieurs stades en fonction du défaut (30 % lors de la perte d'une pompe de circulation -50 % pour la perte d'un des deux groupes turbo-alternateur - 100 % pour la perte des deux groupes). L'insertion la plus rapide a une vitesse de 0,4 m/sec.
- L'accident. La description détaillée est faite dans le document ci-joint.
La tranche 4 est en service depuis décembre 1983. Elle doit être arrêtée pour l'entretien annuel et à l'occasion de cet arrêt un test a été programmé.
. Nature et justification du test. Vérification expérimentale de la possibilité d'utiliser l'énergie électrique fournie par l'alternateur pendant le ralentissement de la ligne d'arbre (après fermeture de l'admission vapeur).
Des essais analogues avaient mis en évidence antérieurement une chute de la tension incompatible avec le bon fonctionnement des auxiliaires concernés. D'où la mise au point d'un régulateur de champ magnétique qui devait être testé ce jour-là. Il semblerait, mais cela n'a pu être complètement confirmé, que cette autonomie de 35 à 45 secondes soit nécessaire, en cas de black-out total. pour assurer le refroidissement du coeur avant le fonctionnement en thermosiphon.
_ 7 _
. Procédure de test. L'organisation de cet essai a été confiée à un ingénieur électricien qui avait déjà réalisé les précédents essais.Curieusement, bien que 1a procédure (avalisée par l'ingénieur en chef !) prévoyait une mise hors service du système de refroidissement de secours, aucun spécialiste physicien n'était impliqué. La commission d'experts soviétiques a jugé que ce programme d'essai montrait de nombreuses carences :. procédure mal établie non approuvée par les concepteurs, . violation de spécifications techniques, . non prise en compte de la sûreté, . insuffisance de préparation du personnel d'exploitation.. Déroulement de l'essaiLe 25 avril à 1hOO le réacteur est à 3200 MWth.
. Baisse de charge jusqu'à 1600 MWth, puissance atteinte à 13h05. Découplage du GTA n° 7 et mise hors service de l'alimentation de secours du réacteur (prévue dans la procédure).
. Palier à 1600 MWth demandé, de façon impromptue, par le dispatching jusqu'à 23h10.
. Reprise de la baisse de charge et passage en manuel de la régulation = ERREUR de l'opérateur qui ne peut alors contrôler la puissance qui chute à 30 MWth (alors que l'essai était prévu à 700-1000 MWth).
. La puissance est remontée à 200 MWth tant bien que mal du fait de l'effet xenon.
A partir de 1h00 le 26 avril, le réacteur fait ce qu'il veut et les opérateurs font n'importe quoi :
- non respect de la règle des 30 barres (il ne restera plus que 6 à 8 barres) = VIOLATION
- démarrage de 2 pompes de circulation supplémentaires (8, alors que 6 suffisent) entraînant un risque de cavitation et une totale saturation dans le réacteur = VIOLATION
- blocage de la sécurité niveau bas dans les séparateur = VIOLATION
- etc ...
_ 8 _
. Malgré celà, l'essai proprement dit est démarré à 1h23mn04sec par la fermeture de l'admission turbine du GTA n°8. Auparavant, les exploitants ont bloqué la sécurité "chute de barres sur déclenchement des 2 GTA" = VIOLATION.
. A 1h23mn40sec, le chef de quart provoque la chute des barres de sécurité. Il sera démontré qu'elles n'ont eu aucune efficacité pendant 6 secondes.
Elles sont ensuite bloquées quand la première explosion se produit.
. Commentaires du Professeur LEGASOF
Une telle combinaison, très improbable, de violations des spécifications techniques n'avait pas été prise en compte par les concepteurs. Nous avons pris conscience tardivement (après beaucoup d'autres pays) que l'improbable était possibIe.
La sûreté sera améliorée au plan de la conception :
- dans l'immédiat par deux mesures :
. en faisant passer la marge de 30 à 80 barres, ce qui devrait permettre de réduire d'un facteur 2 le coefficient positif de vide ;
. en augmentant l'efficacité des barres de sécurité en les maintenant enfoncées en permanence dans le réacteur (1,20 m).
Ces mesures seront mises en oeuvre sur tous les réacteurs RBMK dans les meilleurs délais (la moitié d'entre eux sont actuellement à l'arrêt).
_ 9_
- à plus long terme :
. en passant d'un enrichissement de 2 % à 2,4 %, ce qui permettra un nouveau gain d'un facteur 2 sur le coefficient de vide ;
. étude d'un dispositif redondant d'arrêt d'urgence (liquide, gaz ou solide ?).
Indépendamment de la conception un gros effort sera fait dans les domaines touchant aux facteurs humains : formation, interface homme-machine, procédures, organisation.- Le post-accident
. Intervention très rapide des pompiers qui ont rapidement circonscrit tous les foyers d'incendie (en moins de 5 heures).
. Moscou a été rapidement prévenu par les exploitants conformément à la procédure qui prévoit 4 niveaux :
- Danger atomique- Danger de rayonnement- Danger incendie- Danger technique
Les exploitants n'ont cependant pas su apprécier correctement l'importance de l'accident et la situation radiologique.
. La situation radiologique s'est aggravée le 26 à 22 heures du fait de l'incendie du graphite.
Décision prise de l'évacuation dans un rayon de 30 km, soit 135.000 habitants .
La ville de PRIPYAT a été évacuée tardivement (le 28 avril mais dans un temps record (49.000 personnes en 2 heures 30.
. 5.000 tonnes de matériaux ont été déversées par les hélicoptères de l'armée :
- du carbure de bore pour éliminer les produits de fission, - de la dolomite, - du plomb, - du sable et de l'argile pour filtrer.
Les rejets de 12 MCi le premier jour sont tombés à 2 MCi les 4 et 5ième jours pour remonter à 8 MCi le 9ème jour pour une raison qui est encore à l'étude.
Au total, les soviétiques estiment (avec une précision de 50 %) que les rejets ont été de 50 MCi (sans compter les gaz rares), soit 3,5 % de la quantité totale de radioéléments contenus dans le coeur.
Les rejets ont pratiquement cessés aujourd'hui : quelques dizaines de Ci par jour.
_ 10_
. Bilan sanitaire
31 morts203 personnes sérieusement atteintes
Dose collective : 9 millions hommes-rem en 1986 29 millions hommes-rem en 50 ans
. Objectifs sur le site de TCHERNOBYL :
- Mettre la 4ème tranche en cocon d'ici octobre 1986.
- Redémarrer les tranches 1 et 2 avant la fin de l'année.
- Pas de date précisée pour la tranche 3 ; les investigations sont en cours.
- Rien de précis pour la construction des tranches 5 et 6.
Difficulté particulière à résoudre : les logements pour le personnel.
III. GROUPES DE TRAVAIL
3.1. Groupe 1 : Président : M. EDMONSON (CEGB)
Interlocuteur soviétique : Professeur ABAGYAN (Directeur de l'Institut des centrales nucléaires) aidé d'un grand nombre de spécialistes.
Deux grandes séries de questions sont abordées dans ce groupe : - les causes de l'accident, - la séquence accidentelle jusqu'à l'excursion de radioactivité.
Remarque : l'ensemble du débat a été assez confus pour vraisemblablement 4 raisons :
. les soviétiques ont eu 350 questions et n'ont pas eu le temps de préparer leurs réponses,. la présidence assurée par M. EDMONSON n'a pas été assez ferme, celui-ci ayant choisi de faire parler les participants dans la salle de leur propre expérience,
. les soviétiques étaient mal à l'aise dès lors qu'ils étaient questionnés sur des problèmes de conception et d'organisation,
. les études sur la séquence accidentelle ne sont pas terminées.
_ 11_
Donc, un très grand nombre de questions de conception et de philosophie de sûreté sont restées sans réponse. L'A.I.E.A. devra voir avec les soviétiques comment pallier ces lacunes.
Le Professeur ABAGYAN s'est attaché à démontrer que la cause fondamentale de l'accident est de nature humaine. Selon lui, le personnel avait perdu tout sens du danger, peut-être du fait de la qualité des performances de la centrale.
Il est de toutes façons convaincu que les centrales RBMK sont sûres : "si les procédures et spécifications techniques avaient été respectées, il n'y aurait pas eu d'accident".
Admet cependant que l'interface homme-machine est à repenser, car il est difficile de comprendre rapidement ce qui se passe dans une salle de commande comme celle de TCHERNOBYL.
La formation est également un point très important. Sur l'ensemble des domaines touchant aux facteurs humains, préconise une coopération internationale. Il est en celà appuyé par quelques personnes et par le Président qui reprend cette proposition dans ses propres conclusions.
Comme on pouvait le craindre, certains délégués suggèrent un rôle accru de l'A.I.E.A., dans la mise au point de critères internationaux de sûreté et même de critères de formation et pourquoi pas dans la création d'une licence.
J'indique, pour ma part, qu'un grand nombre de choses se font déjà depuis TMI, notamment dans le domaine du retour d'expérience avec les banques de l'INPO et de l'UNIPEDE. M. SAITCEVSKY rappelle, quant à lui, que des groupes de travail existent au sein de l'UNIPEDE sur tous les thèmes évoqués.
3.2. Groupe 2 : Président : M. TANGUY (EDF)
Interlocuteur soviétique : Professeur ABAGYAN, aidé par les mêmes spécialistes.
Remarque :
A l'inverse du premier, le débat a été très clair et les réponses des soviétiques très précises compte-tenu de l'état actuel de leurs études.
. Du fait des différentes manoeuvres des opérateurs et de l'état du réacteur (6 à 8 barres de marge), on a été en présence d'une excursion de réactivité très importante. La puissance est passée de 7 % à 100XPN en 1 seconde environ.
Cette excursion a cependant été moins rapide que celles mises en évidence dans un certain nombre d'expériences (quelques msec ou 1/10 msec). Des études complémentaires sont donc nécessaires.
_ 12_
. Dégagement d'une énergie de 300 Cal/g provoquant la pulvérisation de l'U02 (30 % du combustible, en partie basse), la destruction des gaines et une production violente de vapeur. La 1ère explosion est une explosion vapeur.
L'énergie dégagée par cette explosion a provoqué une surpression de plus de 10 atmosphères qui a soulevé la dalle du réacteur (2.000 tonnes) et a provoqué de ce fait la destruction de tous les tubes de force.
. L'arrêt de la réaction de fission n'a pu être provoqué par les barres. Deux hypothèses :
- l'explosion a entraîné une homogénéisation du coeur et donc une réduction de l'efficacité,
- l'éjection des blocs de graphite a diminué le coefficient de modération.
Il est de la plus grande importance pour les experts de bien connaître ce qui s'est passé pendent la minute qui précède l'explosion.
. La 2ème explosion s'est produite 2 à 3 secondes après la première. Les soviétiques pensent qu'il s'agit d'une explosion d'un mélange H2 et CO.
Certains experts pensent qu'elle aurait pu être la conséquence d'une deuxième excursion de réactivité dans la 2ème partie du coeur.
Cette explosion a provoqué le déplacement du combustible et sa dispersion.
. Où se trouve le combustible ?
- 0,2 à 0,3 % avec une granulométrie de 1 à 10 µ sur le site- 1,5 % sur un rayon de 20 km- 2 % au-delà de 20 km
Il reste 96 % du combustible dans le bâtiment réacteur localisé :
- dans la cavité du réacteur,- dans les tuyauteries du circuit primaire et en particulier dans les séparateurs de vapeur.
. Environ 10 % (250 tonnes) du graphite a brûlé. Le graphite est dispersé dans tous les emplacements libres autour du réacteur, soit sous forme de blocs, soit sous forme de débris.
. Lutte contre l'incendie : présentation faite par le Général KIMSTACH.
Dans chaque centrale, il y a des pompiers de très grande expérience (8 années).
_ 13_
Trois équipes ont été disponibles immédiatement et ont circonscrit les incendies (une trentaine, notamment sur le toit de la salle des machines) très rapidement.
Fait un certain nombre de recommandations qui seront reprises dans les conclusions de M. ROMETSCH.
. La piscine de stockage du combustible de la tranche 4 n'a subi aucun dégât. Elle contenait une centaine d'éléments combustibles.
. Le personnel de conduite de la tranche 4 a bien réagi après l'accident.
Deux opérateurs sont restés en salle de commande et sont en bonne santé.
Les autres opérateurs sont sortis pour se rendre compte de ce qui se passait ; ils ont été fortement irradiés.
. Mise en sarcophage de l'installation.
Une étude très poussée a été faite. Une structure métallique et en béton sera construite autour de tous les bâtiments de la tranche 4 afin de ramener le débit d'exposition à :
- 1 m Rem/h au sol- 5 m Rem/h sur le toit de cette structure
L'ensemble sera ventilé et refroidi par un circuit en boucle ouverte qui maintiendra une légère dépression à l'intérieur. Elle résistera aux phénomènes naturels : vent, eau, etc...
Cette structure devrait être terminée en octobre 1986.
3.3. Groupe 3 : Président : Monsieur RABOLT (RDA)
Informations fournies lors de la synthèse du dernier jour.
. Décontamination. Les soviétiques ont acquis et vont encore acquérir une très grande expérience.
Ont utilisé plusieurs types de décontamination, notamment
sur les tranches 1 et 2 : - aspersion
- vapeur - liquide - film à séchage rapide
Pour la décontamination du sol, ont procédé à l'enlèvement de 5 à 10 cm et/ou à une couverture de béton.Les produits de décontamination sont stockés pour l'instant sur le site.
_ 14_
. Mesures d'urgence
- La philosophie générale d'évacuation est la suivante :
. <> 75 Rem évacuation. entre 45 et 75 Rem, les critères restent à préciser ; en particulier confinement dans les habitations.
- Difficultés posées par l'évacuation du bétail (plusieurs dizaines de milliers de têtes).
- Très grande importance d'un pouvoir décisionnel unique mis en place dans les meilleurs délais.
. La situation confuse qui est apparue dans certains pays européens a montré la nécessité d'une réflexion internationale dans le domaine des mesures d'urgence.
3.4. Groupe 4 : Président : M. BENINSON (Argentine)
Informations fournies lors de la synthèse du dernier jour.
Parmi les thèmes traités (à caractère purement médical), notons en particulier que les évaluations de dose collective faites par les soviétiques étaient très conservatives.
Les soviétiques avaient en effet calculé que les 75 millions d'habitants de l'Ukraine et de la Biélorussie recevraient chacun en moyenne une dose de 3,3 Rems pendant leur vie, soit une dose collective de 247 millions d'hommes-rem.
En partant de là et compte-tenu des normes de la CIPR (un cancer probable pour une irradiation de 10.000 rads), le chiffre de 25.000 décès par cancer avait été cité.
Les chiffres sont en fait inférieurs d'au moins un facteur 10 et ils doivent être présentés avec précaution en indiquant qu'il s'agit d'une valeur maximale.
IV. CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS
4.1. M. ROMETSCH a proposé une liste de 13 recommandations à l'AIEA :
1. Collaboration internationale sur les accidents graves.
2. Echange international sur l'interface homme-machine.
3. Conférence internationale sur le juste équilibre entre l'automatisation et l'homme.
_ 15_
4. Echange d'expérience sur l'exploitation et la formation.
Normes AIEA sur la formation et sur les licences.
5. Réexamen des normes NUS.
6. - Examen des normes de lutte contre l'incendie. - Développement des techniques de lutte. - Amélioration des matériels d'intervention. - Colloque AIEA sur les incendies dans les centrales nucléaires.
7. Coopération internationale pour la définition de niveaux de référence de plan d'urgence homogènes.
8. Etudes et échanges sur les problèmes de contamination.
9. Echanges sur les données de surveillance du milieu ambiant.
Etudes sur la dispersion et le transfert des radionucléides.
10. Travaux pour améliorer l'évaluation préliminaire des doses individuelles.
11. Journée d'étude internationale sur les effets différés.
12. Coopération internationale sur l'efficacité des procédures de traitement. Méthode thérapeutique de base.
13. Recommandation concernant le médical (?)
4.2. Conclusions de M. LEGASOV
TCHERNOBYL nous incite à renforcer la sûreté. Les contacts que nous avons eus nous aideront, et nous souhaitons les développer.
Cependant, ces contacts n'auraient aucun sens si l'on ne tenait pas compte des dangers découlant d'un conflit nucléaire. C'est pourquoi l'URSS a instauré un moratoire sur les explosions et a proposé un désarmement nucléaire !
_________________________________________________________________¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯RAPPEL de do :
Il a souvent été question d'un "document ci-joint". Il s'agit du document de travail fourni par les Soviétiques. Il est disponible ici :
http://kalachnikov.org/textes/AIEA/Document_de_travail.rar
Et très bientôt en d'autres endroits.
SVP, enregistrez sur votre ordinateur le rapport de l'AIEA ci-dessus ainsi que le document de travail fourni par les soviétiques (disponible à divers liens ci-dessus) afin que jamais ces documents ne puissent être censurés. Mettez-les sur vos sites internet, faites-les circuler, etc. Merci.
Quant à mes commentaires, ils sont ici :
http://mai68.org/journal/N108/25avril2006.htm
le mardi 25 avril 2006 à 18h00
Le rapport secret de l'AIEA
http://mai68.org/ag/985.htmhttp://kalachnikov.org/ag/985.htmhttp://www.chez.com/vlr/ag/985.htmhttp://www.monhebergement.fr/do/ag/985.htm
Bonjour à toutes et à tous,
Dans le rapport qui suit, il sera souvent question d'un "document ci-joint". Il s'agit du document de travail fourni par les Soviétiques. Il est disponible ici :
http://kalachnikov.org/textes/AIEA/Document_de_travail.rar
Pour les liens ci-dessous, faire un "clic droit" puis enregistrer sous. Et enlever la pseudo extension ".avi" pour décompresser.
http://marseille.indymedia.org/uploads/2006/04/document_de_travail.rar.avi
http://www.cemab.be/uploads/2006/04/document_de_travail.rar.avi
http://liege.indymedia.org/uploads/2006/04/document_de_travail.rar.avi
Et très bientôt en d'autres endroits.
Il est constitué de 63 images numérotées de 0 à 62. Chaque image est la photo d'une page du document de travail fourni par les Russes. Pour les regarder, je conseille le très vieux et inégalable Acdsee95 dont la version shareware-éternelle se télécharge gratuitement à l'un des deux liens suivants :
http://www.thechipster.com/download/acdc.zip
http://download.oldversion.com/acdsee10.exe
Une partie de ce que j'ai à dire sur Tchernobyl et sur le nucléaire est disponible ici :
http://mai68.org/journal/N108/25avril2006.htm
Je demande à toute personne ayant accès à ces pages d'enregistrer sur son ordinateur le rapport de l'AIEA ci-dessous ainsi que le document de travail fourni par les soviétiques (disponible à divers liens ci-dessus) afin que jamais ces documents ne puissent être censurés. Mettez-les sur vos sites internet, faites-les circuler, etc. Merci.
Merci pour votre attention, Meilleures salutations, do http://mai68.org
Le rapport de l'AIEA commence sous la double ligne ci-dessous :
_________________________________________________________________¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯
- 1 -
ELECTRICITE DE FRANCE
Direction de la Production Transport le 01.09.86Service de la Production Thermique
REUNION D'EXPERTS DE L'A.I.E.A.
SUR L'ACCIDENT DE TCHERNOBYL
I. ORGANISATION GENERALE DE LA REUNION
Cette réunion s'est tenue du 25 au 29 août 1986 au siège de l'A.I.E.A. à VIENNE.
Etaient présents 450 experts d'une cinquantaine de pays et d'une vingtaine d'organisations nationales et internationales.
La délégation française (20 participants environ) comprenait en particulier :
MM. BAEYENS - Ambassadeur, représentant permanent. ERRERA - Gouverneur A.I.E.A. pour la France. VALLADE - Sénateur, chargé d'établir un rapport sur TCHERNOBYL le Professeur PELLERIN. LAVERIE - Directeur du SCSIN. COGNE (le dernier jour) - Directeur de l'IPSN.
EDF était représenté par MM. SHEKTMANN (SEPTEN) et MIRA. Participaient également :
M. TANGUY - comme membre de l'INSAG (INTERNATIONAL NUCLEAR SAFETY ADVISORY GROUP) et
MM. BACHER et SAITCEVSKY au titre de l'UNIPEDE.
La délégation soviétique, avec le professeur LEGASOF à sa tête, comprenait une trentaine de membres dont dix environ faisaient partie de l'équipe d'experts désignée par le Comité d'Etat de l'URSS pour analyser les causes de l'accident de TCHERNOBYL.
Après une première journée de réunion plénière, les participants se sont répartis en 4 groupes de travail qui se sont réunis les mardi 26, mercredi 27 et jeudi 28
Groupe 1 : Causes de l'accident (conception - organisation formation ...) - déroulement de l'accident jusqu'à la destruction du coeur.
Président : M. EDMONDSON, CEGB et INSAG Director - Nuclear Operations Suppert Group
- 2 -
Groupe 2 : Déroulement de l'accident à partir de la destruction du coeur. Mesures post-accidentelles.
Président : M. TANGUY, EDF et INSAG Inspecteur Général pour la sûreté et la sécurité nucléaires.
Groupe 3 : Mesures d'urgence et décontamination.
Président : M. RABOLT, RDA, INSAG Vice-président, National Board for Atomic Safety and Radiation Protection.
Groupe 4 : Conséquences radiologiques de l'accident.
Professeur BENINSON, Argentine (National Atomic Energy commission, Président de la Commission Internationale de Protection Radiologique).
La matinée du dernier jour a été consacrée aux synthèses et recommandations.
Les réunions techniques n'étaient pas ouvertes à la presse, mais chaque soir avait lieu une conférence de presse avec les présidents de groupe et la délégation soviétique.
II. REUNION PLENIERE D'OUVERTURE (le 25 août 1986)
2.1. Discours d'introduction de M. Hans BLIX, Directeur Général de l'A.I.E.A.
M. BLIX rappelle que cette réunion a été organisée, à la demande du conseil des gouverneurs de l'A.I.E.A., pour recueillir les informations que les soviétiques se sont engagés à fournir.
Bien que la technique RBMK soit spécifique, l'accident de TCHERNOBYL peut fournir des enseignements, notamment dans le domaine des facteurs humains.
Il considère que l'énergie nucléaire, qui fournit 15 % de l'électricité dans le monde a passé le point de non retour.
Mais la confiance du public a été ébranlée et les spécialistes doivent comprendre ce qui s'est passé pour expliquer : il faut faire preuve d'ouverture et de franchise.
Il indique qu'un rapport, préparé par les experts de l'INSAG, sera présenté au Conseil des Gouverneurs de l'AIEA le 24 septembre puis rendu public accompagné des décisions prises par l'AIEA.
- 3 -
2.2. Discours de M. Rudolf ROMETSCH, Chef de l'Organisme Suisse s'occupant des déchets radioactifs. Président de la réunion.
M. ROMETSCH affirme la nécessité de l'énergie nucléaire dans un monde où 75 % de la population manque de ressources naturelles.
- Il considère qu'il n'y a pas de civilisation et de vie qui soient totalement exemptes de tout risque d'accident.
- Fixe trois objectifs principaux aux débats techniques qui vont s'ouvrir :
. amélioration du niveau de sûreté des installations,
. échanges d'expériences,
. amélioration de la coopération internationale dans le domaine de la sûreté nucléaire.
2.3. Intervention du Professeur Valery A. LEGASOV, Directeur Adjoint de l'Institut de l'Energie Atomique KURCHATOV, Membre de l'Académie des Sciences, Chef de la délégation soviétique.
2.3.1. Discours d'ouverture
L'URSS accorde une grande priorité au développement de l'énergie nucléaire sans lequel il ne sera pas possible d'assurer le développement du pays.
Le recours au nucléaire constitue de plus un refus de consommer de façon considérable les matières organiques et de détruire l'environnement et notamment les forêts et les eaux.
Cependant TCHERNOBYL "est une tragédie pour nos concitoyens qui ont subi des pertes physiques et morales considérables".
Les soviétiques souhaitent connaître les avis, y compris les critiques, des experts occidentaux ainsi que les enseignements tirés des grands accidents rencontrés dans les centrales nucléaires afin d'aboutir à des recommandations communes.
Les spécialistes soviétiques sont convaincus que l'accident de TCHERNOBYL, malgré sa gravité, ne peut stopper le développement du nucléaire mais qu'il est nécessaire d'encourager une coopération internationale active dans tous les domaines présentant un danger pour l'écosystème et plus précisément dans les activités du cycle nucléaire.
- 4 -
2.3.2. Présentation d'un film vidéo d'une quinzaine de minutes.
Excellent film relatant les circonstances et le déroulement de l'accident et montrant un certain nombre d'opérations et de vues post-accidentelles.
A l'évidence, les soviétiques ont fait un très gros effort médiatique de présentation. M. THOMAS s'efforcera de nous procurer une copie de cette cassette vidéo.
2.3.3. Intervention technique
- Réinsiste à nouveau sur la nécessité du nucléaire pour l'URSS.
Nota : d'une façon assez générale, nous entendrons plusieurs fois les mêmes choses, y compris et surtout pour ce qui concerne la description de la séquence accidentelle.
- L'accident de TCHERNOBYL a montré les dangers de l'énergie nucléaire. Suit alors un amalgame entre les risques du nucléaire civil et :
. la prolifération des armes nucléaires,. les dangers par rapport au terrorisme nucléaire,. les dangers présentés par les installations nucléaires civiles à l'occasion d'un conflit armé.
Tous ces risques rendent "la guerre encore plus absurde et inadmissible".
Ce discours est également présent dans le rapport écrit et sera repris lors de la séance plénière de clôture.
- Description du RBMK 1000.
Il y a actuellement environ 15 GW de puissance installée en réacteurs RBMK (14 RBMK 1000 et 1 RBMK 1500).
Cette puissance devrait augmenter mais son pourcentage dans le parc nucléaire diminuera.
Les travaux des tranches 5 et 6 de TCHERNOBYL sont arrêtés pour l'instant.
Insiste sur le bon fonctionnement de la filière RBMK qui a 100 années-réacteurs d'expérience.
_ 5 _
LENINGRAD
KURSK
TCHERNOBYL
SMOLENSK
Puissance installée au 01/01/86
4000
4000
4000
2000
Production entre 1981 et 1985 (en milliards de kwh)
140.4
82.4
106.6
23.4
Facteur de charge en 1985
84% (1)
79%
83% (2)
76%
(1) 91 % sur la tranche 4(2) 90 % sur la tranche 2
Principaux avantages de la filière RBMK :
. absence de cuve sous pression de fabrication difficile ;. rechargement continu ; . possibilité d'une surchauffe nucléaire (non réalisée) ;. fiabilité thermique élevée ; . durabilité du réacteur.
Inconvénients majeurs :
. coefficient de vide positif (2.10 -4 par volume .% vapeur dû à la transition de phase dans le caloporteur ;
. forte sensibilité du flux neutronique à différents types de perturbation de réactivité, nécessitant un système de contrôle complexe ;
. complexité du système caloporteur à l'entrée et à la sortie du coeur ;
. forte accumulation d'énergie thermique dans les structures métalliques et l'empilement graphite.
Les caractéristiques du RBMK sont décrites dans le document ci-joint. Parmi ces caractéristiques, le Professeur LEGOSOF a particulièrement insisté sur :
le critère des 30 barres. Afin d'assurer une vitesse d'insertion d'anti-réactivité suffisante pour compenser l'effet de vide, il doit y avoir en permanence dans le coeur l'équivalent de 30 barres de pilotage. Ce critère ne peut être transgressé qu'après 1'autorisation de l'ingénieur en chef de 1a centrale. En aucun cas (même le premier ministre ne peut donner une telle autorisation !) le nombre de barres équivalentes ne peut étre réduit à moins de 15 .
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Pourquoi une exigence aussi cruciale et essentielle ne faisait-elle pas l'objet d'une automatisation ?
Parce que, lors de la conception du RBMK, il a été jugé que la fiabilité d'un tel dispositif était moins bonne que celle de l'opérateur !
. Le confinement. Toutes les zones potentiellement dangereuses sont placées dans des confinements capables de résister à une surpression provoquée par une rupture du circuit primaire (les locaux des collecteurs d'entrée et de sortie d'eau de refroidissement du coeur résistent à une surpression de 0,08 MPa. Les locaux des séparateurs et des pompes de circulation à une surpression de 0,45 MPa). Ces confinements sont reliés par des systèmes de décharge à la piscine de suppression de pression.
Les soviétiques considèrent que ce dispositif de confinement est équivalent à celui utilisé dans la filière VVER (à eau pressurisée). Il n'a pas été tenu compte cependant d'une explosion.
Il faut noter de plus qu'il n'y a pas d'arrêt d'urgence dans ces réacteurs. Afin de limiter le nombre de passages par zéro, il existe un système de réduction de puissance à plusieurs stades en fonction du défaut (30 % lors de la perte d'une pompe de circulation -50 % pour la perte d'un des deux groupes turbo-alternateur - 100 % pour la perte des deux groupes). L'insertion la plus rapide a une vitesse de 0,4 m/sec.
- L'accident. La description détaillée est faite dans le document ci-joint.
La tranche 4 est en service depuis décembre 1983. Elle doit être arrêtée pour l'entretien annuel et à l'occasion de cet arrêt un test a été programmé.
. Nature et justification du test. Vérification expérimentale de la possibilité d'utiliser l'énergie électrique fournie par l'alternateur pendant le ralentissement de la ligne d'arbre (après fermeture de l'admission vapeur).
Des essais analogues avaient mis en évidence antérieurement une chute de la tension incompatible avec le bon fonctionnement des auxiliaires concernés. D'où la mise au point d'un régulateur de champ magnétique qui devait être testé ce jour-là. Il semblerait, mais cela n'a pu être complètement confirmé, que cette autonomie de 35 à 45 secondes soit nécessaire, en cas de black-out total. pour assurer le refroidissement du coeur avant le fonctionnement en thermosiphon.
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. Procédure de test. L'organisation de cet essai a été confiée à un ingénieur électricien qui avait déjà réalisé les précédents essais.Curieusement, bien que 1a procédure (avalisée par l'ingénieur en chef !) prévoyait une mise hors service du système de refroidissement de secours, aucun spécialiste physicien n'était impliqué. La commission d'experts soviétiques a jugé que ce programme d'essai montrait de nombreuses carences :. procédure mal établie non approuvée par les concepteurs, . violation de spécifications techniques, . non prise en compte de la sûreté, . insuffisance de préparation du personnel d'exploitation.. Déroulement de l'essaiLe 25 avril à 1hOO le réacteur est à 3200 MWth.
. Baisse de charge jusqu'à 1600 MWth, puissance atteinte à 13h05. Découplage du GTA n° 7 et mise hors service de l'alimentation de secours du réacteur (prévue dans la procédure).
. Palier à 1600 MWth demandé, de façon impromptue, par le dispatching jusqu'à 23h10.
. Reprise de la baisse de charge et passage en manuel de la régulation = ERREUR de l'opérateur qui ne peut alors contrôler la puissance qui chute à 30 MWth (alors que l'essai était prévu à 700-1000 MWth).
. La puissance est remontée à 200 MWth tant bien que mal du fait de l'effet xenon.
A partir de 1h00 le 26 avril, le réacteur fait ce qu'il veut et les opérateurs font n'importe quoi :
- non respect de la règle des 30 barres (il ne restera plus que 6 à 8 barres) = VIOLATION
- démarrage de 2 pompes de circulation supplémentaires (8, alors que 6 suffisent) entraînant un risque de cavitation et une totale saturation dans le réacteur = VIOLATION
- blocage de la sécurité niveau bas dans les séparateur = VIOLATION
- etc ...
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. Malgré celà, l'essai proprement dit est démarré à 1h23mn04sec par la fermeture de l'admission turbine du GTA n°8. Auparavant, les exploitants ont bloqué la sécurité "chute de barres sur déclenchement des 2 GTA" = VIOLATION.
. A 1h23mn40sec, le chef de quart provoque la chute des barres de sécurité. Il sera démontré qu'elles n'ont eu aucune efficacité pendant 6 secondes.
Elles sont ensuite bloquées quand la première explosion se produit.
. Commentaires du Professeur LEGASOF
Une telle combinaison, très improbable, de violations des spécifications techniques n'avait pas été prise en compte par les concepteurs. Nous avons pris conscience tardivement (après beaucoup d'autres pays) que l'improbable était possibIe.
La sûreté sera améliorée au plan de la conception :
- dans l'immédiat par deux mesures :
. en faisant passer la marge de 30 à 80 barres, ce qui devrait permettre de réduire d'un facteur 2 le coefficient positif de vide ;
. en augmentant l'efficacité des barres de sécurité en les maintenant enfoncées en permanence dans le réacteur (1,20 m).
Ces mesures seront mises en oeuvre sur tous les réacteurs RBMK dans les meilleurs délais (la moitié d'entre eux sont actuellement à l'arrêt).
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- à plus long terme :
. en passant d'un enrichissement de 2 % à 2,4 %, ce qui permettra un nouveau gain d'un facteur 2 sur le coefficient de vide ;
. étude d'un dispositif redondant d'arrêt d'urgence (liquide, gaz ou solide ?).
Indépendamment de la conception un gros effort sera fait dans les domaines touchant aux facteurs humains : formation, interface homme-machine, procédures, organisation.- Le post-accident
. Intervention très rapide des pompiers qui ont rapidement circonscrit tous les foyers d'incendie (en moins de 5 heures).
. Moscou a été rapidement prévenu par les exploitants conformément à la procédure qui prévoit 4 niveaux :
- Danger atomique- Danger de rayonnement- Danger incendie- Danger technique
Les exploitants n'ont cependant pas su apprécier correctement l'importance de l'accident et la situation radiologique.
. La situation radiologique s'est aggravée le 26 à 22 heures du fait de l'incendie du graphite.
Décision prise de l'évacuation dans un rayon de 30 km, soit 135.000 habitants .
La ville de PRIPYAT a été évacuée tardivement (le 28 avril mais dans un temps record (49.000 personnes en 2 heures 30.
. 5.000 tonnes de matériaux ont été déversées par les hélicoptères de l'armée :
- du carbure de bore pour éliminer les produits de fission, - de la dolomite, - du plomb, - du sable et de l'argile pour filtrer.
Les rejets de 12 MCi le premier jour sont tombés à 2 MCi les 4 et 5ième jours pour remonter à 8 MCi le 9ème jour pour une raison qui est encore à l'étude.
Au total, les soviétiques estiment (avec une précision de 50 %) que les rejets ont été de 50 MCi (sans compter les gaz rares), soit 3,5 % de la quantité totale de radioéléments contenus dans le coeur.
Les rejets ont pratiquement cessés aujourd'hui : quelques dizaines de Ci par jour.
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. Bilan sanitaire
31 morts203 personnes sérieusement atteintes
Dose collective : 9 millions hommes-rem en 1986 29 millions hommes-rem en 50 ans
. Objectifs sur le site de TCHERNOBYL :
- Mettre la 4ème tranche en cocon d'ici octobre 1986.
- Redémarrer les tranches 1 et 2 avant la fin de l'année.
- Pas de date précisée pour la tranche 3 ; les investigations sont en cours.
- Rien de précis pour la construction des tranches 5 et 6.
Difficulté particulière à résoudre : les logements pour le personnel.
III. GROUPES DE TRAVAIL
3.1. Groupe 1 : Président : M. EDMONSON (CEGB)
Interlocuteur soviétique : Professeur ABAGYAN (Directeur de l'Institut des centrales nucléaires) aidé d'un grand nombre de spécialistes.
Deux grandes séries de questions sont abordées dans ce groupe : - les causes de l'accident, - la séquence accidentelle jusqu'à l'excursion de radioactivité.
Remarque : l'ensemble du débat a été assez confus pour vraisemblablement 4 raisons :
. les soviétiques ont eu 350 questions et n'ont pas eu le temps de préparer leurs réponses,. la présidence assurée par M. EDMONSON n'a pas été assez ferme, celui-ci ayant choisi de faire parler les participants dans la salle de leur propre expérience,
. les soviétiques étaient mal à l'aise dès lors qu'ils étaient questionnés sur des problèmes de conception et d'organisation,
. les études sur la séquence accidentelle ne sont pas terminées.
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Donc, un très grand nombre de questions de conception et de philosophie de sûreté sont restées sans réponse. L'A.I.E.A. devra voir avec les soviétiques comment pallier ces lacunes.
Le Professeur ABAGYAN s'est attaché à démontrer que la cause fondamentale de l'accident est de nature humaine. Selon lui, le personnel avait perdu tout sens du danger, peut-être du fait de la qualité des performances de la centrale.
Il est de toutes façons convaincu que les centrales RBMK sont sûres : "si les procédures et spécifications techniques avaient été respectées, il n'y aurait pas eu d'accident".
Admet cependant que l'interface homme-machine est à repenser, car il est difficile de comprendre rapidement ce qui se passe dans une salle de commande comme celle de TCHERNOBYL.
La formation est également un point très important. Sur l'ensemble des domaines touchant aux facteurs humains, préconise une coopération internationale. Il est en celà appuyé par quelques personnes et par le Président qui reprend cette proposition dans ses propres conclusions.
Comme on pouvait le craindre, certains délégués suggèrent un rôle accru de l'A.I.E.A., dans la mise au point de critères internationaux de sûreté et même de critères de formation et pourquoi pas dans la création d'une licence.
J'indique, pour ma part, qu'un grand nombre de choses se font déjà depuis TMI, notamment dans le domaine du retour d'expérience avec les banques de l'INPO et de l'UNIPEDE. M. SAITCEVSKY rappelle, quant à lui, que des groupes de travail existent au sein de l'UNIPEDE sur tous les thèmes évoqués.
3.2. Groupe 2 : Président : M. TANGUY (EDF)
Interlocuteur soviétique : Professeur ABAGYAN, aidé par les mêmes spécialistes.
Remarque :
A l'inverse du premier, le débat a été très clair et les réponses des soviétiques très précises compte-tenu de l'état actuel de leurs études.
. Du fait des différentes manoeuvres des opérateurs et de l'état du réacteur (6 à 8 barres de marge), on a été en présence d'une excursion de réactivité très importante. La puissance est passée de 7 % à 100XPN en 1 seconde environ.
Cette excursion a cependant été moins rapide que celles mises en évidence dans un certain nombre d'expériences (quelques msec ou 1/10 msec). Des études complémentaires sont donc nécessaires.
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. Dégagement d'une énergie de 300 Cal/g provoquant la pulvérisation de l'U02 (30 % du combustible, en partie basse), la destruction des gaines et une production violente de vapeur. La 1ère explosion est une explosion vapeur.
L'énergie dégagée par cette explosion a provoqué une surpression de plus de 10 atmosphères qui a soulevé la dalle du réacteur (2.000 tonnes) et a provoqué de ce fait la destruction de tous les tubes de force.
. L'arrêt de la réaction de fission n'a pu être provoqué par les barres. Deux hypothèses :
- l'explosion a entraîné une homogénéisation du coeur et donc une réduction de l'efficacité,
- l'éjection des blocs de graphite a diminué le coefficient de modération.
Il est de la plus grande importance pour les experts de bien connaître ce qui s'est passé pendent la minute qui précède l'explosion.
. La 2ème explosion s'est produite 2 à 3 secondes après la première. Les soviétiques pensent qu'il s'agit d'une explosion d'un mélange H2 et CO.
Certains experts pensent qu'elle aurait pu être la conséquence d'une deuxième excursion de réactivité dans la 2ème partie du coeur.
Cette explosion a provoqué le déplacement du combustible et sa dispersion.
. Où se trouve le combustible ?
- 0,2 à 0,3 % avec une granulométrie de 1 à 10 µ sur le site- 1,5 % sur un rayon de 20 km- 2 % au-delà de 20 km
Il reste 96 % du combustible dans le bâtiment réacteur localisé :
- dans la cavité du réacteur,- dans les tuyauteries du circuit primaire et en particulier dans les séparateurs de vapeur.
. Environ 10 % (250 tonnes) du graphite a brûlé. Le graphite est dispersé dans tous les emplacements libres autour du réacteur, soit sous forme de blocs, soit sous forme de débris.
. Lutte contre l'incendie : présentation faite par le Général KIMSTACH.
Dans chaque centrale, il y a des pompiers de très grande expérience (8 années).
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Trois équipes ont été disponibles immédiatement et ont circonscrit les incendies (une trentaine, notamment sur le toit de la salle des machines) très rapidement.
Fait un certain nombre de recommandations qui seront reprises dans les conclusions de M. ROMETSCH.
. La piscine de stockage du combustible de la tranche 4 n'a subi aucun dégât. Elle contenait une centaine d'éléments combustibles.
. Le personnel de conduite de la tranche 4 a bien réagi après l'accident.
Deux opérateurs sont restés en salle de commande et sont en bonne santé.
Les autres opérateurs sont sortis pour se rendre compte de ce qui se passait ; ils ont été fortement irradiés.
. Mise en sarcophage de l'installation.
Une étude très poussée a été faite. Une structure métallique et en béton sera construite autour de tous les bâtiments de la tranche 4 afin de ramener le débit d'exposition à :
- 1 m Rem/h au sol- 5 m Rem/h sur le toit de cette structure
L'ensemble sera ventilé et refroidi par un circuit en boucle ouverte qui maintiendra une légère dépression à l'intérieur. Elle résistera aux phénomènes naturels : vent, eau, etc...
Cette structure devrait être terminée en octobre 1986.
3.3. Groupe 3 : Président : Monsieur RABOLT (RDA)
Informations fournies lors de la synthèse du dernier jour.
. Décontamination. Les soviétiques ont acquis et vont encore acquérir une très grande expérience.
Ont utilisé plusieurs types de décontamination, notamment
sur les tranches 1 et 2 : - aspersion
- vapeur - liquide - film à séchage rapide
Pour la décontamination du sol, ont procédé à l'enlèvement de 5 à 10 cm et/ou à une couverture de béton.Les produits de décontamination sont stockés pour l'instant sur le site.
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. Mesures d'urgence
- La philosophie générale d'évacuation est la suivante :
. <> 75 Rem évacuation. entre 45 et 75 Rem, les critères restent à préciser ; en particulier confinement dans les habitations.
- Difficultés posées par l'évacuation du bétail (plusieurs dizaines de milliers de têtes).
- Très grande importance d'un pouvoir décisionnel unique mis en place dans les meilleurs délais.
. La situation confuse qui est apparue dans certains pays européens a montré la nécessité d'une réflexion internationale dans le domaine des mesures d'urgence.
3.4. Groupe 4 : Président : M. BENINSON (Argentine)
Informations fournies lors de la synthèse du dernier jour.
Parmi les thèmes traités (à caractère purement médical), notons en particulier que les évaluations de dose collective faites par les soviétiques étaient très conservatives.
Les soviétiques avaient en effet calculé que les 75 millions d'habitants de l'Ukraine et de la Biélorussie recevraient chacun en moyenne une dose de 3,3 Rems pendant leur vie, soit une dose collective de 247 millions d'hommes-rem.
En partant de là et compte-tenu des normes de la CIPR (un cancer probable pour une irradiation de 10.000 rads), le chiffre de 25.000 décès par cancer avait été cité.
Les chiffres sont en fait inférieurs d'au moins un facteur 10 et ils doivent être présentés avec précaution en indiquant qu'il s'agit d'une valeur maximale.
IV. CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS
4.1. M. ROMETSCH a proposé une liste de 13 recommandations à l'AIEA :
1. Collaboration internationale sur les accidents graves.
2. Echange international sur l'interface homme-machine.
3. Conférence internationale sur le juste équilibre entre l'automatisation et l'homme.
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4. Echange d'expérience sur l'exploitation et la formation.
Normes AIEA sur la formation et sur les licences.
5. Réexamen des normes NUS.
6. - Examen des normes de lutte contre l'incendie. - Développement des techniques de lutte. - Amélioration des matériels d'intervention. - Colloque AIEA sur les incendies dans les centrales nucléaires.
7. Coopération internationale pour la définition de niveaux de référence de plan d'urgence homogènes.
8. Etudes et échanges sur les problèmes de contamination.
9. Echanges sur les données de surveillance du milieu ambiant.
Etudes sur la dispersion et le transfert des radionucléides.
10. Travaux pour améliorer l'évaluation préliminaire des doses individuelles.
11. Journée d'étude internationale sur les effets différés.
12. Coopération internationale sur l'efficacité des procédures de traitement. Méthode thérapeutique de base.
13. Recommandation concernant le médical (?)
4.2. Conclusions de M. LEGASOV
TCHERNOBYL nous incite à renforcer la sûreté. Les contacts que nous avons eus nous aideront, et nous souhaitons les développer.
Cependant, ces contacts n'auraient aucun sens si l'on ne tenait pas compte des dangers découlant d'un conflit nucléaire. C'est pourquoi l'URSS a instauré un moratoire sur les explosions et a proposé un désarmement nucléaire !
_________________________________________________________________¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯RAPPEL de do :
Il a souvent été question d'un "document ci-joint". Il s'agit du document de travail fourni par les Soviétiques. Il est disponible ici :
http://kalachnikov.org/textes/AIEA/Document_de_travail.rar
Et très bientôt en d'autres endroits.
SVP, enregistrez sur votre ordinateur le rapport de l'AIEA ci-dessus ainsi que le document de travail fourni par les soviétiques (disponible à divers liens ci-dessus) afin que jamais ces documents ne puissent être censurés. Mettez-les sur vos sites internet, faites-les circuler, etc. Merci.
Quant à mes commentaires, ils sont ici :
http://mai68.org/journal/N108/25avril2006.htm
le mardi 25 avril 2006 à 18h00
Maryvonne David-Jougneau : Lettre au Président Viktor Iouchtchenko
Lettre au Président Viktor Iouchtchenko:
« Personne n’étouffera la liberté... »
de Maryvonne David-Jougneau dont est tiré l'article "RETOUR à TCHERNOBYL" paru dans le journal, Le Monde du 17 février 2005
Dans une déclaration reproduite dans le journal Le Monde, le 7 /12/04, vous affirmiez : « Personne n’étouffera la liberté de notre Ukraine »... Vous étiez alors candidat à la présidence. Désormais nous pouvons nous réjouir de votre récente victoire. Nous savons que bien des chantiers difficiles vous attendent qui vont sans doute requérir toute votre attention, toute votre énergie. Néanmoins, il nous semble essentiel de vous poser cette question : jusqu’où ira cette liberté ? Pourra-t-elle s’exprimer dans tous les domaines ? Et en particulier dans la recherche de vérité sur le sujet si controversé des conséquences de la catastrophe de Tchernobyl survenue en 1986 ? Une recherche scientifique étouffée, voire interdite chez vos deux voisins, russe et biélorusse...
Nous le savons pour nous être occupés du sort du Professeur Youri Bandajevsky, médecin et scientifique biélorusse, accusé sans preuve de corruption et condamné à 8 ans de prison en juin 2001. Il est encore actuellement en « relégation», privé de ses droits civiques. Recteur de l’Institut de médecine de Gomel depuis 1990, il avait critiqué la politique de la santé de son gouvernement mais surtout il avait rendu publiques ses recherches sur les méfaits du Césium 137, ingéré quotidiennement à faibles doses, sur la santé des populations et en particulier sur celle des enfants, dans les zones contaminées.
Au travers de cette affaire, nous avons découvert des réalités insoupçonnées, insoupçonnables. Tout d’abord, ce bilan de Tchernobyl à peine croyable, établi par les autorités en matière nucléaire, l’AIEA, l’UNSCAER qui constituent la référence internationale officielle auprès des Etats : 32 morts, 200 irradiés, 2.000 cancers de la thyroïde chez les enfants qu’on aurait pu éviter. Point. Un bilan entériné par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), depuis 1996...
Autre réalité insoupçonnable qui explique ce consensus : un accord signé le 28 mai 1959 entre l’OMS et l’AIEA par lequel ces deux organismes dépendant de l’ONU ne peuvent rien entreprendre, ni dans leur programme, ni dans leur activité, qui puisse nuire l’une à l’autre. Un texte dont la gestion des suites de la catastrophe de Tchernobyl, survenue le 26 avril 1986, donne une lecture sans équivoque.
La conférence de l’OMS à Genève : 20-23/11/1995
L’OMS, qui s’était peu manifestée jusqu’alors, organise en 1995, à l’initiative de son directeur général, le Dr. Nakajima, une conférence internationale à Genève du 20 au 23 novembre, sur « les conséquences de Tchernobyl et d’autres accidents radiologiques sur la santé ». Sept cents médecins et experts du monde entier y sont rassemblés et une certain nombre de faits inquiétants y sont révélés. Le ministre de la santé de votre pays, le Dr I. Korolenko, avait mis l’accent sur la pollution radioactive par Césium 137 subie par les populations. Le Pr. E.A Netchaev du Ministère de la Santé et de l’Industrie médicale à Moscou avait signalé que 2,5 millions de personnes avaient été irradiées dans la Fédération de Russie et que 175.000 vivaient dans les régions contaminées, avec une augmentation des malformations congénitales et des cancers de la thyroïde très agressifs chez les enfants. Le Pr. Okeanov de Biélorussie s’appuyait sur des enquêtes épidémiologiques réalisées à Minsk depuis 1972, et sur un registre des cancers reconnu par l’OMS, pour donner des chiffres : une multiplication des cancers et leucémies dans la population et plus particulièrement chez les « liquidateurs », par 2 et par 3. D’autres chercheurs de régions plus lointaines, touchées par le nuage radioactif, faisaient état d’une augmentation des malformations, des maladies de la thyroïde...
Les actes de ce colloque ne furent jamais publiés, malgré les demandes réitérées des participants.
La conférence de l’AIEA, 8-12 avril 1996
Mais, six mois plus tard, du 8 au 12 avril 1996, à Vienne, l’AIEA convoqua une autre conférence : « Une décennie après Tchernobyl », avec des participants triés sur le volet. C’est là qu’elle établit son bilan définitif, après de « pénibles discussions » pour savoir s’il y avait eu 30 ou 32 morts ! Rien sur le sort des 800.000 « liquidateurs » soviétiques envoyés sur la centrale pour éteindre l’incendie et couler un sarcophage, décontaminer alentours etc. Ne pouvant assurer une protection efficace contre un tel niveau de radioactivité, les autorités soviétiques avaient choisi de répartir l’exposition en un nombre le plus large possible d’intervenants, dans un temps qui se comptait, selon les risques, en minutes, parfois même en secondes. Beaucoup ont reçu des doses d’irradiation dépassant les limites des compteurs censés les mesurer.
Le premier ministre d’Ukraine, Ievguenii Martchouk, présent à cette deuxième conférence, avait pourtant indiqué que parmi les 360.000 liquidateurs ukrainiens, 35.000 étaient déjà invalides. Pas un mot sur ceux qui étaient déjà morts.
Rien sur les maladies nouvelles dont souffraient les populations et en particulier les enfants.
Conférence de l’OMS à Kiev, du 4 au 9 juin 2001
Dans une autre conférence de l’OMS, il fut demandé au Dr Hiroshi Nakajima pourquoi les actes du colloque de 1995 n’avaient jamais été publiés. Sa réponse : l’AIEA dépend du Conseil de sécurité de l’ONU et l’OMS du Conseil économique et social : en matière atomique, c’est l’AIEA qui a autorité.
Dans cette même conférence de 2001, on voit s’affronter les experts internationaux de l’AIEA etc. et les chercheurs qui travaillent sur le terrain. Ces derniers n’ont aucun moyen de faire valoir les résultats de leurs travaux, car « seuls les chiffres en provenance des États peuvent être pris en compte » révèle le représentant de l’OCHA (Département des Affaires Humanitaires de l’ONU), D. Zupka, qui évalue, avec Kofi Annan, à 9 millions le nombre des personnes affectées à long terme par la catastrophe. Or, précise-t-il, aucun des États concernés, Russie, Biélorussie et Ukraine ne nous envoie des chiffres ! Dans les conclusions de cette conférence, la recherche sur le problème des « faibles doses» -qui vient contester le modèle de référence d’Hiroshima-, est passée à la trappe, malgré une intervention du Dr. Hiroshi Nakajima, en faveur de son inscription.
Lorsque vous allez être au pouvoir, allez-vous lutter contre cette politique du secret et du mensonge à l’œuvre depuis 1986, et prendre la tête d’une glasnost sur la catastrophe de Tchernobyl et ses effets sur la santé ? Allez-vous favoriser l’investigation historique et scientifique afin d’établir, pas à pas, la vérité dans un champ où les intérêts supranationaux inavouables mettent tout en œuvre pour la masquer ?
Rendre justice aux liquidateurs ...
Et, en premier lieu rendre justice à ces « liquidateurs » qui ont sacrifié leur vie et leur santé, souvent celle de leur descendance pour éviter que l’Europe ne devienne inhabitable par l’explosion thermo-nucléaire qui menaçait alors ? Ces « liquidateurs » devraient avoir droit aux soins, à l’attention et à la reconnaissance qu’ils méritent : aide aux familles pour ceux qui vivent encore, honneurs posthumes pour ceux qui sont morts dans des souffrances parfois atroces comme en font foi les trop rares témoignages qui viennent jusqu’à nous. Et non seulement une reconnaissance de la part de leurs États respectifs, mais de la part de l’Europe qui a été directement concernée par leur sacrifice ? Va-t-on pouvoir évaluer combien sont déjà morts et combien d’invalides, un nombre dont tout laisse à penser qu’il ne cesse de croître ? L’ambassade d’Ukraine en Belgique, le 26 avril 2004, donne l’estimation de 25.000 morts...
Ce qui n’empêche en rien l’AIEA et ses représentants de continuer à décliner de manière récurrente son bilan de Tchernobyl : 32 morts...
Le sort des populations dans les zones contaminées
En plus du sort des liquidateurs, comment prendre en compte celui des populations dans les zones contaminées et savoir enfin, de manière scientifique et incontestée, ce qu’il en est de leur état de santé et de son évolution ? Allez-vous favoriser, dans votre pays, les études épidémiologiques qui ont été stoppées ailleurs comme au Belarus. Avec la disparition de l’Institut d’Okeanov qui tenait un registre du cancer depuis 1972. Avec surtout l’incarcération du Professeur Bandajevsky et l’abandon, dans les mois qui ont suivi, du programme d’étude de son Institut qui portait sur l’effet sanitaire des faibles doses de radionucléïdes ingérés et incorporés. Un sujet de recherche que certains désiraient interdire dès 1995 et qui est désormais devenu tabou en Biélorussie et même ailleurs. Un problème qui reste pourtant pertinent puisque le Césium 137 répandu un peu partout dans le monde, au moment de l’explosion du réacteur, ne perd la moitié de sa radioactivité qu’après 30 ans.
Comment pensez-vous promouvoir les recherches thérapeutiques et faire lever le doute, par exemple, sur l’efficacité des cures de « pectine » recommandées par le ministère de la santé de votre pays, pour éliminer le Césium 137 incorporé ? Des cures que prônent également Bandajevsky et Nesterenko en Biélorussie, sans être suffisamment entendus quand ils ne sont pas calomniés par certains scientifiques qui ne produisent aucune contre-étude à leurs travaux. Certains de ces « scientifiques » considèrent même qu’il n’y a pas d’impact radiologique de la catastrophe de Tchernobyl, au-delà de ses effets immédiats déjà dénombrés (32 morts...) et que tout autre discours est à mettre au compte de la radiophobie, ou pire, d’une exploitation idéologique tendancieuse de la catastrophe.
Le refus d’un véritable « négationnisme »
C’est en tant que simples citoyens de l’Europe, que dis-je, en tant que citoyens du monde que nous nous sentons concernés par ce qui s’est passé à Tchernobyl. Tant par ses conséquences déjà connaissables que par celles que certains chercheurs prévoient sur les générations futures, dans le cadre inédit de cette contamination à long terme.
Nous sommes concernés à deux niveaux. D’une part, nous ne sommes pas à l’abri d’une catastrophe similaire à l’Est comme à l’Ouest et nous avons besoin de partager un bilan qui ne soit pas mensonger, de savoir quels sont les risques réels encourus. D’autre part, au-delà d’une connaissance intéressée, il y a l’exigence éthique d’une vérité scientifique et historique et le refus de ce qu’on peut appeler un véritable « négationnisme », mis en œuvre par des organismes internationaux qui sont censés nous donner la parole objective des experts, tant au niveau des risques -pour l’AIEA et l’UNSCAER- qu’au niveau de la santé pour l’OMS.
Ce « négationnisme » international de leur part est pire que le mensonge de l’État soviétique qui a eu à faire face à une situation d’urgence en étant complètement dépassé par l’ampleur de la catastrophe, dont à tous les niveaux de l’appareil on cachait et on se cachait la gravité. Les seuls qui étaient conscients vu leur compétence, tel le Professeur Nesterenko, étaient taxés d’alarmistes par des politiques la plupart du temps grossièrement ignorants.
Mais avec l’AIEA, l’UNSCAER il s’agit de la mise en place réfléchie par des responsables qui savent ce dont ils parlent, d’un discours qui vise à nier la réalité des faits quant aux conséquences de la catastrophe de Tchernobyl et, au-delà, de toute catastrophe de ce genre qui pourrait se produire. Et ce, au détriment des populations actuellement malades . Un leader de l’opposition biélorusse, Leonid Soudalenko interviewé récemment pour la chaîne de TV ARTE,a lu la lettre d’un médecin, reçue lors de sa campagne contre le référendum pour la réélection de Loukatchenko. « Il n’y a que nous qui pouvons dire à quel point nous et nos enfants sont malades. Mais, nos chefs font tout pour présenter la situation sous un meilleur aspect. On n’hospitalise pas assez et on ne diagnostique pas les bonnes maladies. Et, sans ce diagnostic, les enfants ne peuvent pas aller en cure ».
Plus personne n’ose dire, comme le fait Bandajevsky, qu’ils sont malades de la « radioactivité ». Les médecins ont peur de prononcer le mot interdit .
C’est contre ce déni du réel dont font doublement les frais les victimes passées, présentes, futures parce qu’elles ne sont pas reconnues comme telles, et pour ces « Tchernobyliens » qui sont souvent objets de rebuts, que nous vous demandons d’ouvrir un véritable chantier de la recherche scientifique où pourront trouver leur place les chercheurs d’une totale liberté de penser et dont l’éthique ne cède devant aucun pouvoir politique ou financier.
De ce point de vue, le libéralisme occidental qui se profile pour l’avenir de votre pays n’est pas une garantie. C’est pourquoi nous nous adressons d’abord au leader de la Révolution Orange, porteur des valeurs de la Démocratie, qui dans l’avènement d’un nouveau régime peut aller se sourcer à ses idéaux fondateurs. La liberté de penser, la recherche de la vérité en restent les piliers, issus de la Grèce antique. « La vérité doit être entendue. Selon moi, là est la tâche principale des hommes qui ne sont pas indifférents au destin de l'humanité tout entière», disait Youri Bandajevsky du fond de sa prison. Puissiez-vous, en tant que Président de l’Ukraine, vous inscrire parmi eux et faire ainsi une brèche dans le deuxième « sarcophage » de Tchernobyl, celui de la parole et de la recherche interdites.
Maryvonne DAVID-JOUGNEAU
Sociologue,
Co-auteure du livre « Les Silences de Tchernobyl » Autrement, 2004
Responsable du Comité Bandajevsky
www.comite-bandajevsky.org
Adopté comme prisonnier d’opinion par Amnesty International.
AIEA: Agence Internationale de l’Energie Atomique dont l’objectif est de promouvoir l’atome civil.
UNSCAER : Comité Scientifique des Nations Unies sur les Effets des Radiations Atomiques.
WHA 12.40 :« chaque fois que l’une des parties se propose d’entreprendre un programme ou une activité dans un domaine qui présente ou peut présenter un intérêt majeur pour l’autre partie, la première consulte la seconde en vue de régler la question d’un commun accord ». (article I §3).
Selon l’article III : « L’OMS et l’AIEA reconnaissent qu’elles peuvent être appelées à prendre certaines mesures restrictives pour sauvegarder le caractère confidentiel de certains documents (…) dont la divulgation (…) compromettrait d’une manière quelconque la bonne marche » des travaux de l’une ou de l’autre.
Trois experts de l’OMS(dont le Pr. Pellerin) interviennent en 1989 dans un conflit opposant les scientifiques Biélorusses et les experts moscovites. Ils cautionnent ces derniers : Cf. B. Belbéoch « Responsabilités occidentales dans les conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl, en Biélorussie, en Ukraine et en Russie » Chroniques sur la Biélorussie contemporaine, Paris, L’Harmattan, 2001, pp 287-88.
Cf. M. Fernex, La catastrophe de Tchernobyl et la santé, Chroniques sur la Biélorussie op.c. p. 251 et sq.
Cf. M. Fernex, op.c. p. 253.
Communication OMS/32 de 23 avril 1992, cf. G.Hériard-Dubreuil, Les Silences de Tchernobyl, op.c.p. 62
Selon l’association moscovite des veuves des liquidateurs, ils étaient déjà plus de 1000 fin des années 1990 quand M.Fernex les avaient rencontrées : in La Catastrophe de Tchernobyl...op.c.
sur lesquelles portaient les recherches de l’Institut Gomel dirigé par Bandajevsky. Lors de son arrestation, le 13 juin 1999 son ordinateur et toute sa documentation furent détruits.
filmée par W.Tchertkoff pour le compte de la TV suisse italienne, dans le documentaire : « Controverses nucléaires »(2003)
W. Nesterenko, « L’Europe aurait pu devenir inhabitable », in Silences de Tchernobyl, pp.14-26.
« La Supplication » de Svetlana Alexievitch (J’ai Lu) et le documentaire« Le sacrifice » de E. Andreoli et W. Tchertkoff (deux fois primé en novembre 2004).
Selon un bilan soviétique de l'époque, l'explosion a fait 31 morts. Mais depuis 1986 sont décédés plus de 25.000 "liquidateurs", ces militaires et civils venus d'Ukraine, de Russie, du Bélarus et d'autres pays faisant alors partie de l'URSS, pour effectuer divers travaux, dont la construction d’un sarcophage autour du réacteur accidenté, selon des estimations... Quelques 2,3 millions d'Ukrainiens, dont 450.000 enfants, souffrent de maux liés aux radiations, parmi lesquels un nombre important de cancers de la thyroïde, selon le ministère ukrainien de la Santé. Texte de la commémoration de la catastrophe de Tchernobyl, Ambassade d'Ukraine à Bruxelles le 26/04/2004).
www.ukraine.be/news/discours/d26 04 04.html
Dans l’Yonne Républicaine du 4/12/04, un de ses représentants annonce 39 morts, ne parle plus des 200 irradiés, et affirme que dans les 2.000 cancers des enfants, 75 voire à 95°/° seraient guérissables.
À la conférence de Genève de l’OMS en 1995,« le professeur S .Iarmonenko, du centre d’oncologie de Moscou, a insisté avec une violence démesurée pour qu’à l’avenir les organisateurs excluent des programmes de congrès sur ce sujet, tout orateur qui aborderait scientifiquement le problème des effets des faibles doses de rayonnement sur le vivant » M. Fernex, Chroniques sur la Biélorussie, op.c.pp.249.
Comme en témoigne un conflit récent, au sein du gouvernement britannique, pour faire état ou non publiquement d’une étude portant sur le danger des faibles doses autour des centrales nucléaires. « Le Gouvernement bâillonne la commission des experts au sujet des risques des centrales nucléaires ». titre le "Sunday Times" Londres: le 01. 08. 2004.
Cf. Contaminations radioactives :Atlas France et Europe ; CRIIRAD et André Paris. Ed. Yves Michel, 2002.
Cf. Y.I Bandazhevsky , Chronic Cs 137 incorporation in children organs , SWISS Med WKLY, 2003 :133 :488-90. Cardiomyopathie au Césium 137, in Revue CARDINALE, Tome XV, N° 8 ; Octobre 2003
- Nesterenko and co. Reducing the Cs-load in the organism of « Chernobyl » children with apple-pectin, SWISS Med. WKLY 2004 ; 134 : 24-27.
Cf. Le documentaire : “Controverses nucléaires”
Alla Yaroshinskaya « Absolument confidentiel ; les autorités face à la catastrophe » Les silences de Tchernobyl, op.c. pp. 27-45
Chercheur éminent et directeur de l'Institut de l'énergie atomique de l'Académie des sciences du Bélarus, ses compétences techniques furent utilisées pour maîtriser la situation au moment de l’accident en avril 1986, mais il fut néanmoins limogé en juillet 1987 de ses fonction. Il crée en 1990 l’Institut Indépendant et assure depuis, avec l’aide des ONG occidentales, la radioprotection des populations dans les zones contaminées. Cf. S. Fernex, L’aide aux victimes de tchernobyl. Silences de Tchernobyl, op.c.pp. 194-201
13 octobre 2004, ARTE-REPORTAGE, 21H30
Interviewé dans cette même émission d’ARTE du 13/10/04
Appel aux scientifiques réunis à l’Assemblée Nationale, à Paris, le 28/03/04
« Personne n’étouffera la liberté... »
de Maryvonne David-Jougneau dont est tiré l'article "RETOUR à TCHERNOBYL" paru dans le journal, Le Monde du 17 février 2005
Dans une déclaration reproduite dans le journal Le Monde, le 7 /12/04, vous affirmiez : « Personne n’étouffera la liberté de notre Ukraine »... Vous étiez alors candidat à la présidence. Désormais nous pouvons nous réjouir de votre récente victoire. Nous savons que bien des chantiers difficiles vous attendent qui vont sans doute requérir toute votre attention, toute votre énergie. Néanmoins, il nous semble essentiel de vous poser cette question : jusqu’où ira cette liberté ? Pourra-t-elle s’exprimer dans tous les domaines ? Et en particulier dans la recherche de vérité sur le sujet si controversé des conséquences de la catastrophe de Tchernobyl survenue en 1986 ? Une recherche scientifique étouffée, voire interdite chez vos deux voisins, russe et biélorusse...
Nous le savons pour nous être occupés du sort du Professeur Youri Bandajevsky, médecin et scientifique biélorusse, accusé sans preuve de corruption et condamné à 8 ans de prison en juin 2001. Il est encore actuellement en « relégation», privé de ses droits civiques. Recteur de l’Institut de médecine de Gomel depuis 1990, il avait critiqué la politique de la santé de son gouvernement mais surtout il avait rendu publiques ses recherches sur les méfaits du Césium 137, ingéré quotidiennement à faibles doses, sur la santé des populations et en particulier sur celle des enfants, dans les zones contaminées.
Au travers de cette affaire, nous avons découvert des réalités insoupçonnées, insoupçonnables. Tout d’abord, ce bilan de Tchernobyl à peine croyable, établi par les autorités en matière nucléaire, l’AIEA, l’UNSCAER qui constituent la référence internationale officielle auprès des Etats : 32 morts, 200 irradiés, 2.000 cancers de la thyroïde chez les enfants qu’on aurait pu éviter. Point. Un bilan entériné par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), depuis 1996...
Autre réalité insoupçonnable qui explique ce consensus : un accord signé le 28 mai 1959 entre l’OMS et l’AIEA par lequel ces deux organismes dépendant de l’ONU ne peuvent rien entreprendre, ni dans leur programme, ni dans leur activité, qui puisse nuire l’une à l’autre. Un texte dont la gestion des suites de la catastrophe de Tchernobyl, survenue le 26 avril 1986, donne une lecture sans équivoque.
La conférence de l’OMS à Genève : 20-23/11/1995
L’OMS, qui s’était peu manifestée jusqu’alors, organise en 1995, à l’initiative de son directeur général, le Dr. Nakajima, une conférence internationale à Genève du 20 au 23 novembre, sur « les conséquences de Tchernobyl et d’autres accidents radiologiques sur la santé ». Sept cents médecins et experts du monde entier y sont rassemblés et une certain nombre de faits inquiétants y sont révélés. Le ministre de la santé de votre pays, le Dr I. Korolenko, avait mis l’accent sur la pollution radioactive par Césium 137 subie par les populations. Le Pr. E.A Netchaev du Ministère de la Santé et de l’Industrie médicale à Moscou avait signalé que 2,5 millions de personnes avaient été irradiées dans la Fédération de Russie et que 175.000 vivaient dans les régions contaminées, avec une augmentation des malformations congénitales et des cancers de la thyroïde très agressifs chez les enfants. Le Pr. Okeanov de Biélorussie s’appuyait sur des enquêtes épidémiologiques réalisées à Minsk depuis 1972, et sur un registre des cancers reconnu par l’OMS, pour donner des chiffres : une multiplication des cancers et leucémies dans la population et plus particulièrement chez les « liquidateurs », par 2 et par 3. D’autres chercheurs de régions plus lointaines, touchées par le nuage radioactif, faisaient état d’une augmentation des malformations, des maladies de la thyroïde...
Les actes de ce colloque ne furent jamais publiés, malgré les demandes réitérées des participants.
La conférence de l’AIEA, 8-12 avril 1996
Mais, six mois plus tard, du 8 au 12 avril 1996, à Vienne, l’AIEA convoqua une autre conférence : « Une décennie après Tchernobyl », avec des participants triés sur le volet. C’est là qu’elle établit son bilan définitif, après de « pénibles discussions » pour savoir s’il y avait eu 30 ou 32 morts ! Rien sur le sort des 800.000 « liquidateurs » soviétiques envoyés sur la centrale pour éteindre l’incendie et couler un sarcophage, décontaminer alentours etc. Ne pouvant assurer une protection efficace contre un tel niveau de radioactivité, les autorités soviétiques avaient choisi de répartir l’exposition en un nombre le plus large possible d’intervenants, dans un temps qui se comptait, selon les risques, en minutes, parfois même en secondes. Beaucoup ont reçu des doses d’irradiation dépassant les limites des compteurs censés les mesurer.
Le premier ministre d’Ukraine, Ievguenii Martchouk, présent à cette deuxième conférence, avait pourtant indiqué que parmi les 360.000 liquidateurs ukrainiens, 35.000 étaient déjà invalides. Pas un mot sur ceux qui étaient déjà morts.
Rien sur les maladies nouvelles dont souffraient les populations et en particulier les enfants.
Conférence de l’OMS à Kiev, du 4 au 9 juin 2001
Dans une autre conférence de l’OMS, il fut demandé au Dr Hiroshi Nakajima pourquoi les actes du colloque de 1995 n’avaient jamais été publiés. Sa réponse : l’AIEA dépend du Conseil de sécurité de l’ONU et l’OMS du Conseil économique et social : en matière atomique, c’est l’AIEA qui a autorité.
Dans cette même conférence de 2001, on voit s’affronter les experts internationaux de l’AIEA etc. et les chercheurs qui travaillent sur le terrain. Ces derniers n’ont aucun moyen de faire valoir les résultats de leurs travaux, car « seuls les chiffres en provenance des États peuvent être pris en compte » révèle le représentant de l’OCHA (Département des Affaires Humanitaires de l’ONU), D. Zupka, qui évalue, avec Kofi Annan, à 9 millions le nombre des personnes affectées à long terme par la catastrophe. Or, précise-t-il, aucun des États concernés, Russie, Biélorussie et Ukraine ne nous envoie des chiffres ! Dans les conclusions de cette conférence, la recherche sur le problème des « faibles doses» -qui vient contester le modèle de référence d’Hiroshima-, est passée à la trappe, malgré une intervention du Dr. Hiroshi Nakajima, en faveur de son inscription.
Lorsque vous allez être au pouvoir, allez-vous lutter contre cette politique du secret et du mensonge à l’œuvre depuis 1986, et prendre la tête d’une glasnost sur la catastrophe de Tchernobyl et ses effets sur la santé ? Allez-vous favoriser l’investigation historique et scientifique afin d’établir, pas à pas, la vérité dans un champ où les intérêts supranationaux inavouables mettent tout en œuvre pour la masquer ?
Rendre justice aux liquidateurs ...
Et, en premier lieu rendre justice à ces « liquidateurs » qui ont sacrifié leur vie et leur santé, souvent celle de leur descendance pour éviter que l’Europe ne devienne inhabitable par l’explosion thermo-nucléaire qui menaçait alors ? Ces « liquidateurs » devraient avoir droit aux soins, à l’attention et à la reconnaissance qu’ils méritent : aide aux familles pour ceux qui vivent encore, honneurs posthumes pour ceux qui sont morts dans des souffrances parfois atroces comme en font foi les trop rares témoignages qui viennent jusqu’à nous. Et non seulement une reconnaissance de la part de leurs États respectifs, mais de la part de l’Europe qui a été directement concernée par leur sacrifice ? Va-t-on pouvoir évaluer combien sont déjà morts et combien d’invalides, un nombre dont tout laisse à penser qu’il ne cesse de croître ? L’ambassade d’Ukraine en Belgique, le 26 avril 2004, donne l’estimation de 25.000 morts...
Ce qui n’empêche en rien l’AIEA et ses représentants de continuer à décliner de manière récurrente son bilan de Tchernobyl : 32 morts...
Le sort des populations dans les zones contaminées
En plus du sort des liquidateurs, comment prendre en compte celui des populations dans les zones contaminées et savoir enfin, de manière scientifique et incontestée, ce qu’il en est de leur état de santé et de son évolution ? Allez-vous favoriser, dans votre pays, les études épidémiologiques qui ont été stoppées ailleurs comme au Belarus. Avec la disparition de l’Institut d’Okeanov qui tenait un registre du cancer depuis 1972. Avec surtout l’incarcération du Professeur Bandajevsky et l’abandon, dans les mois qui ont suivi, du programme d’étude de son Institut qui portait sur l’effet sanitaire des faibles doses de radionucléïdes ingérés et incorporés. Un sujet de recherche que certains désiraient interdire dès 1995 et qui est désormais devenu tabou en Biélorussie et même ailleurs. Un problème qui reste pourtant pertinent puisque le Césium 137 répandu un peu partout dans le monde, au moment de l’explosion du réacteur, ne perd la moitié de sa radioactivité qu’après 30 ans.
Comment pensez-vous promouvoir les recherches thérapeutiques et faire lever le doute, par exemple, sur l’efficacité des cures de « pectine » recommandées par le ministère de la santé de votre pays, pour éliminer le Césium 137 incorporé ? Des cures que prônent également Bandajevsky et Nesterenko en Biélorussie, sans être suffisamment entendus quand ils ne sont pas calomniés par certains scientifiques qui ne produisent aucune contre-étude à leurs travaux. Certains de ces « scientifiques » considèrent même qu’il n’y a pas d’impact radiologique de la catastrophe de Tchernobyl, au-delà de ses effets immédiats déjà dénombrés (32 morts...) et que tout autre discours est à mettre au compte de la radiophobie, ou pire, d’une exploitation idéologique tendancieuse de la catastrophe.
Le refus d’un véritable « négationnisme »
C’est en tant que simples citoyens de l’Europe, que dis-je, en tant que citoyens du monde que nous nous sentons concernés par ce qui s’est passé à Tchernobyl. Tant par ses conséquences déjà connaissables que par celles que certains chercheurs prévoient sur les générations futures, dans le cadre inédit de cette contamination à long terme.
Nous sommes concernés à deux niveaux. D’une part, nous ne sommes pas à l’abri d’une catastrophe similaire à l’Est comme à l’Ouest et nous avons besoin de partager un bilan qui ne soit pas mensonger, de savoir quels sont les risques réels encourus. D’autre part, au-delà d’une connaissance intéressée, il y a l’exigence éthique d’une vérité scientifique et historique et le refus de ce qu’on peut appeler un véritable « négationnisme », mis en œuvre par des organismes internationaux qui sont censés nous donner la parole objective des experts, tant au niveau des risques -pour l’AIEA et l’UNSCAER- qu’au niveau de la santé pour l’OMS.
Ce « négationnisme » international de leur part est pire que le mensonge de l’État soviétique qui a eu à faire face à une situation d’urgence en étant complètement dépassé par l’ampleur de la catastrophe, dont à tous les niveaux de l’appareil on cachait et on se cachait la gravité. Les seuls qui étaient conscients vu leur compétence, tel le Professeur Nesterenko, étaient taxés d’alarmistes par des politiques la plupart du temps grossièrement ignorants.
Mais avec l’AIEA, l’UNSCAER il s’agit de la mise en place réfléchie par des responsables qui savent ce dont ils parlent, d’un discours qui vise à nier la réalité des faits quant aux conséquences de la catastrophe de Tchernobyl et, au-delà, de toute catastrophe de ce genre qui pourrait se produire. Et ce, au détriment des populations actuellement malades . Un leader de l’opposition biélorusse, Leonid Soudalenko interviewé récemment pour la chaîne de TV ARTE,a lu la lettre d’un médecin, reçue lors de sa campagne contre le référendum pour la réélection de Loukatchenko. « Il n’y a que nous qui pouvons dire à quel point nous et nos enfants sont malades. Mais, nos chefs font tout pour présenter la situation sous un meilleur aspect. On n’hospitalise pas assez et on ne diagnostique pas les bonnes maladies. Et, sans ce diagnostic, les enfants ne peuvent pas aller en cure ».
Plus personne n’ose dire, comme le fait Bandajevsky, qu’ils sont malades de la « radioactivité ». Les médecins ont peur de prononcer le mot interdit .
C’est contre ce déni du réel dont font doublement les frais les victimes passées, présentes, futures parce qu’elles ne sont pas reconnues comme telles, et pour ces « Tchernobyliens » qui sont souvent objets de rebuts, que nous vous demandons d’ouvrir un véritable chantier de la recherche scientifique où pourront trouver leur place les chercheurs d’une totale liberté de penser et dont l’éthique ne cède devant aucun pouvoir politique ou financier.
De ce point de vue, le libéralisme occidental qui se profile pour l’avenir de votre pays n’est pas une garantie. C’est pourquoi nous nous adressons d’abord au leader de la Révolution Orange, porteur des valeurs de la Démocratie, qui dans l’avènement d’un nouveau régime peut aller se sourcer à ses idéaux fondateurs. La liberté de penser, la recherche de la vérité en restent les piliers, issus de la Grèce antique. « La vérité doit être entendue. Selon moi, là est la tâche principale des hommes qui ne sont pas indifférents au destin de l'humanité tout entière», disait Youri Bandajevsky du fond de sa prison. Puissiez-vous, en tant que Président de l’Ukraine, vous inscrire parmi eux et faire ainsi une brèche dans le deuxième « sarcophage » de Tchernobyl, celui de la parole et de la recherche interdites.
Maryvonne DAVID-JOUGNEAU
Sociologue,
Co-auteure du livre « Les Silences de Tchernobyl » Autrement, 2004
Responsable du Comité Bandajevsky
www.comite-bandajevsky.org
Adopté comme prisonnier d’opinion par Amnesty International.
AIEA: Agence Internationale de l’Energie Atomique dont l’objectif est de promouvoir l’atome civil.
UNSCAER : Comité Scientifique des Nations Unies sur les Effets des Radiations Atomiques.
WHA 12.40 :« chaque fois que l’une des parties se propose d’entreprendre un programme ou une activité dans un domaine qui présente ou peut présenter un intérêt majeur pour l’autre partie, la première consulte la seconde en vue de régler la question d’un commun accord ». (article I §3).
Selon l’article III : « L’OMS et l’AIEA reconnaissent qu’elles peuvent être appelées à prendre certaines mesures restrictives pour sauvegarder le caractère confidentiel de certains documents (…) dont la divulgation (…) compromettrait d’une manière quelconque la bonne marche » des travaux de l’une ou de l’autre.
Trois experts de l’OMS(dont le Pr. Pellerin) interviennent en 1989 dans un conflit opposant les scientifiques Biélorusses et les experts moscovites. Ils cautionnent ces derniers : Cf. B. Belbéoch « Responsabilités occidentales dans les conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl, en Biélorussie, en Ukraine et en Russie » Chroniques sur la Biélorussie contemporaine, Paris, L’Harmattan, 2001, pp 287-88.
Cf. M. Fernex, La catastrophe de Tchernobyl et la santé, Chroniques sur la Biélorussie op.c. p. 251 et sq.
Cf. M. Fernex, op.c. p. 253.
Communication OMS/32 de 23 avril 1992, cf. G.Hériard-Dubreuil, Les Silences de Tchernobyl, op.c.p. 62
Selon l’association moscovite des veuves des liquidateurs, ils étaient déjà plus de 1000 fin des années 1990 quand M.Fernex les avaient rencontrées : in La Catastrophe de Tchernobyl...op.c.
sur lesquelles portaient les recherches de l’Institut Gomel dirigé par Bandajevsky. Lors de son arrestation, le 13 juin 1999 son ordinateur et toute sa documentation furent détruits.
filmée par W.Tchertkoff pour le compte de la TV suisse italienne, dans le documentaire : « Controverses nucléaires »(2003)
W. Nesterenko, « L’Europe aurait pu devenir inhabitable », in Silences de Tchernobyl, pp.14-26.
« La Supplication » de Svetlana Alexievitch (J’ai Lu) et le documentaire« Le sacrifice » de E. Andreoli et W. Tchertkoff (deux fois primé en novembre 2004).
Selon un bilan soviétique de l'époque, l'explosion a fait 31 morts. Mais depuis 1986 sont décédés plus de 25.000 "liquidateurs", ces militaires et civils venus d'Ukraine, de Russie, du Bélarus et d'autres pays faisant alors partie de l'URSS, pour effectuer divers travaux, dont la construction d’un sarcophage autour du réacteur accidenté, selon des estimations... Quelques 2,3 millions d'Ukrainiens, dont 450.000 enfants, souffrent de maux liés aux radiations, parmi lesquels un nombre important de cancers de la thyroïde, selon le ministère ukrainien de la Santé. Texte de la commémoration de la catastrophe de Tchernobyl, Ambassade d'Ukraine à Bruxelles le 26/04/2004).
www.ukraine.be/news/discours/d26 04 04.html
Dans l’Yonne Républicaine du 4/12/04, un de ses représentants annonce 39 morts, ne parle plus des 200 irradiés, et affirme que dans les 2.000 cancers des enfants, 75 voire à 95°/° seraient guérissables.
À la conférence de Genève de l’OMS en 1995,« le professeur S .Iarmonenko, du centre d’oncologie de Moscou, a insisté avec une violence démesurée pour qu’à l’avenir les organisateurs excluent des programmes de congrès sur ce sujet, tout orateur qui aborderait scientifiquement le problème des effets des faibles doses de rayonnement sur le vivant » M. Fernex, Chroniques sur la Biélorussie, op.c.pp.249.
Comme en témoigne un conflit récent, au sein du gouvernement britannique, pour faire état ou non publiquement d’une étude portant sur le danger des faibles doses autour des centrales nucléaires. « Le Gouvernement bâillonne la commission des experts au sujet des risques des centrales nucléaires ». titre le "Sunday Times" Londres: le 01. 08. 2004.
Cf. Contaminations radioactives :Atlas France et Europe ; CRIIRAD et André Paris. Ed. Yves Michel, 2002.
Cf. Y.I Bandazhevsky , Chronic Cs 137 incorporation in children organs , SWISS Med WKLY, 2003 :133 :488-90. Cardiomyopathie au Césium 137, in Revue CARDINALE, Tome XV, N° 8 ; Octobre 2003
- Nesterenko and co. Reducing the Cs-load in the organism of « Chernobyl » children with apple-pectin, SWISS Med. WKLY 2004 ; 134 : 24-27.
Cf. Le documentaire : “Controverses nucléaires”
Alla Yaroshinskaya « Absolument confidentiel ; les autorités face à la catastrophe » Les silences de Tchernobyl, op.c. pp. 27-45
Chercheur éminent et directeur de l'Institut de l'énergie atomique de l'Académie des sciences du Bélarus, ses compétences techniques furent utilisées pour maîtriser la situation au moment de l’accident en avril 1986, mais il fut néanmoins limogé en juillet 1987 de ses fonction. Il crée en 1990 l’Institut Indépendant et assure depuis, avec l’aide des ONG occidentales, la radioprotection des populations dans les zones contaminées. Cf. S. Fernex, L’aide aux victimes de tchernobyl. Silences de Tchernobyl, op.c.pp. 194-201
13 octobre 2004, ARTE-REPORTAGE, 21H30
Interviewé dans cette même émission d’ARTE du 13/10/04
Appel aux scientifiques réunis à l’Assemblée Nationale, à Paris, le 28/03/04
dimanche 14 septembre 2008
R. Sené: De l’évolution de la doctrine de l’industrie nucléaire
"On est donc passé, en une quarantaine d’années, de la sûreté absolue, à l’accident possible, puis à l’accident certain, tellement certain qu’il faut travailler, non pas la sûreté pour l’éviter, mais l’acceptabilité de son occurrence par les populations".
Coup de gueule
par Raymond SENÉ
De l’évolution de la doctrine de l’industrie nucléaire par Raymond SENÉ, physicien nucléaire
*Les allégations lors des années 50 étaient : “L’énergie nucléaire permettra de produire de l’énergie en quantité illimitée et quasiment
gratuite”.*
Puis “Atom for peace” annonce le bonheur pour l’humanité et ce … sans risques.
Puis, c’est l’accident de Three Mile Island (1) en 1979 : une grosse peur … mais les Américains sont des ânes et … c’est dû à l’embonpoint du chef de quart dont la bedaine empêchait la lecture des indications sur le panneau de conduite.
Par contre, chez nous, le Francatome est d’une sûreté inébranlable.
Néanmoins, on va remplacer les soupapes Fischer, responsables de l’accident de Three Mile Island (car en cas de décharge, elles se coincent en position ouverte). J’avais oublié de vous dire que notre palier des centrales de 900 Mw est purement du Westinghouse, construit sous licence américaine, donc après avoir été conçu par les ânes cités plus haut.
Arrive Tchernobyl en 1986 : la grosse frayeur : un réacteur à neutrons lents peut devenir surcritique prompt et vous sauter à la figure comme un vulgaire surgénérateur. Quel manque de savoir vivre !
Vite il faut expliquer que les Soviétiques sont des nuls, que leurs réacteurs sont mal conçus …. etc … même si la veille de l’accident, on vous les donnait encore en exemple. Je me souviens d’une réunion contradictoire tenue à Saclay, où un physicien du Commissariat à l’Energié Atomique, un communiste pur et dur nous expliquait, sans sourire, qu’en URSS le rendement de Carnot était plus favorable que dans les pays capitalistes. Ce qu’il voulait nous dire, c’était que la construction des centrales à proximité des villes, permettait d’utiliser les rejets d’eaux chaudes pour faire du chauffage urbain, ce qui améliorait le rendement global de l’installation. Pauvre Carnot !!! et pauvres habitants de Pripiat …
Mais après un moment de stupeur, et la décision de hâter la fermeture des Graphites – Gaz (Chinon 2 et 3, St Laurent 1 et 2 et Bugey 1) qui n’avaient guère plus d’enceinte de confinement que les réacteurs RBMK soviétiques (telle que la centrale de Tchernobyl), notre cher M. Tanguy (ancien directeur de l'Institut de protection et de sûreté nucléaire) se hâta d’expliquer que la probabilité pour qu’un accident grave survienne sur un de nos réacteurs du type PWR était … peanuts !!!
*Sûr et archi-sûr*
Donc, depuis le début du Francatome, on nous ressasse que le nucléaire est sûr, archi-sûr et que tout est prévu pour éviter, pour empêcher qu’un accident grave puisse se produire.
D’ailleurs, en France, nous avons une solution pour obtenir ce résultat
: il suffit de publier au journal officiel un arrêté fixant les modalités de qualité de fabrication, de construction, permettant d’obtenir cette sûreté absolue. D’accord, on est en France, donc un dernier article de cet arrêté donne la possibilité de dérogations (2).
Puis arrive l’EPR (European Pressurized Reactor) (3). La vague de libéralisme submerge la sûreté. Il faut que cette machine produise des KWh moins chers, pas pour le client, mais permettant plus de profits pour les futurs actionnaires de la future boite privée que va devenir EDF. Donc on étudie des astuces permettant de gagner sur la disponibilité de la machine. Que certaines de ces options mettent en péril la sûreté, c’est certain. Les cycles longs avec des hauts taux de combustion exigent des combustibles ayant une charge fissile au démarrage à la limite des zones dangereuses, les puissances résiduelles plus importantes rendent inopérants les dispositifs d’évacuation de la chaleur en cas de gros pépin … (4) .
Qu’à cela ne tienne, les dogmes des barrières (souvenez vous : 1e barrière : la gaine du combustible, 2e barrière : le circuit primaire avec la cuve, 3e barrière : l’enceinte de confinement) en prennent un sacré coup.
- Les gaines … boff … avec des taux de combustions de 80 à 90 GWjour/tonne ne sont garanties que grâce à une aide divine.
- Donc si le cœur fond, la cuve … fond aussi. D’où l’apparition, tel Zorro, du récupérateur de corium, dispositif destiné, d’après ses concepteurs à rassembler tout le corium fondu dans une zone où il serait possible de le refroidir. Il va falloir prévoir dans les procédures, une procession annuelle pour essayer de mettre les Dieux dans de bonnes dispositions … (5)
Mais, je pense que vous avez remarqué qu’on est passé subrepticement du zéro accident grave à un dispositif destiné à confiner le résultat d’un accident grave programmé.
*C’est cela le progrès technique.*
La phase suivante consiste, désormais puisque l’accident grave est envisagé comme étant quasi certain, à étudier le post-accidentel. Pour cela on dispose, grâce à Tchernobyl, d’un retour d’expérience … pas très encourageant !!!
De nombreuses réunions de groupes de travail, en France (CODIRPA (6) ), et au niveau européen (European Nuclear Energy Forum), ont lieu depuis début 2008. Un volet particulier y est étudié : l’acceptabilité par les populations (… du nucléaire ? : vous rigolez, Non bien sûr !) d’un accident et de ses conséquences.
Ces groupes de travail, composés en quasi-totalité de représentants des constructeurs et des autorités administratives, débattent doctement des astuces psychologiques qu’il faudra mettre en œuvre en cas d’accident.
Ce n’est pas surprenant que les citoyens de base n’y soient pas représentés. Ils pourraient avoir leur mot à dire car, en fait, après une première phase relativement courte où ce seront les agents du site qui seront en première ligne, ce seront eux, les voisins plus ou moins proches de l’installation, qui auront à subir pendant des dizaines d’années, voire beaucoup plus – mais là il s’agit de générations, les nuisances et les effets sur leur santé et sur l’environnement.
On est donc passé, en une quarantaine d’années, de la sûreté absolue, à l’accident possible, puis à l’accident certain, tellement certain qu’il faut travailler, non pas la sûreté pour l’éviter, mais l’acceptabilité de son occurrence par les populations.
Et si on arrêtait le nucléaire …
Raymond SENÉ
Physicien nucléaire
Mail : m-r.sene@wanadoo.fr
Groupement de scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire
(GSIEN)
(1) Premier accident sur un 1000 MW, mais auparavant des réacteurs
expérimentaux eurent des états d’âme destructifs, et en particulier un
suisse construit à Lucens (1969), qui divergea puis ne s’arrêta qu’une
fois fondu.
(2) Voir décret 99-1046 du 13-12-1999 article 27
(3) L’EPR n’est, par rapport aux réacteurs des paliers 900 et 1300 Mwe
(y compris N4), qu’une petite évolution du même style que celle qui fit
passer des réacteurs graphite gaz de Chinon 2 et 3 et St Laurent 1 et 2,
à celui de Bugey 1. En fait de troisième génération, c’est une resucée
de la seconde, en beaucoup plus dangereux ! ! !
(4) D’ailleurs, nous avons appris, à l’occasion des réunions du débat
public, qu’au dessus d’une puissance nominale de 600 MWe, les
dispositifs de refroidissement destinés à sauver la cuve seraient
insuffisants, voire inopérants.
(5) Le puits de cuve est d’ailleurs revêtu d’une couche de "béton
sacrificiel". Quand on vous dit qu’il y a un recours aux dieux ! ! !
(6) CODIRPA : COmité DIRecteur pour la gestion de la phase
Post-Accidentelle d’un accident nucléaire ou d’une situation d’urgence
radiologique.
Coup de gueule
par Raymond SENÉ
De l’évolution de la doctrine de l’industrie nucléaire par Raymond SENÉ, physicien nucléaire
*Les allégations lors des années 50 étaient : “L’énergie nucléaire permettra de produire de l’énergie en quantité illimitée et quasiment
gratuite”.*
Puis “Atom for peace” annonce le bonheur pour l’humanité et ce … sans risques.
Puis, c’est l’accident de Three Mile Island (1) en 1979 : une grosse peur … mais les Américains sont des ânes et … c’est dû à l’embonpoint du chef de quart dont la bedaine empêchait la lecture des indications sur le panneau de conduite.
Par contre, chez nous, le Francatome est d’une sûreté inébranlable.
Néanmoins, on va remplacer les soupapes Fischer, responsables de l’accident de Three Mile Island (car en cas de décharge, elles se coincent en position ouverte). J’avais oublié de vous dire que notre palier des centrales de 900 Mw est purement du Westinghouse, construit sous licence américaine, donc après avoir été conçu par les ânes cités plus haut.
Arrive Tchernobyl en 1986 : la grosse frayeur : un réacteur à neutrons lents peut devenir surcritique prompt et vous sauter à la figure comme un vulgaire surgénérateur. Quel manque de savoir vivre !
Vite il faut expliquer que les Soviétiques sont des nuls, que leurs réacteurs sont mal conçus …. etc … même si la veille de l’accident, on vous les donnait encore en exemple. Je me souviens d’une réunion contradictoire tenue à Saclay, où un physicien du Commissariat à l’Energié Atomique, un communiste pur et dur nous expliquait, sans sourire, qu’en URSS le rendement de Carnot était plus favorable que dans les pays capitalistes. Ce qu’il voulait nous dire, c’était que la construction des centrales à proximité des villes, permettait d’utiliser les rejets d’eaux chaudes pour faire du chauffage urbain, ce qui améliorait le rendement global de l’installation. Pauvre Carnot !!! et pauvres habitants de Pripiat …
Mais après un moment de stupeur, et la décision de hâter la fermeture des Graphites – Gaz (Chinon 2 et 3, St Laurent 1 et 2 et Bugey 1) qui n’avaient guère plus d’enceinte de confinement que les réacteurs RBMK soviétiques (telle que la centrale de Tchernobyl), notre cher M. Tanguy (ancien directeur de l'Institut de protection et de sûreté nucléaire) se hâta d’expliquer que la probabilité pour qu’un accident grave survienne sur un de nos réacteurs du type PWR était … peanuts !!!
*Sûr et archi-sûr*
Donc, depuis le début du Francatome, on nous ressasse que le nucléaire est sûr, archi-sûr et que tout est prévu pour éviter, pour empêcher qu’un accident grave puisse se produire.
D’ailleurs, en France, nous avons une solution pour obtenir ce résultat
: il suffit de publier au journal officiel un arrêté fixant les modalités de qualité de fabrication, de construction, permettant d’obtenir cette sûreté absolue. D’accord, on est en France, donc un dernier article de cet arrêté donne la possibilité de dérogations (2).
Puis arrive l’EPR (European Pressurized Reactor) (3). La vague de libéralisme submerge la sûreté. Il faut que cette machine produise des KWh moins chers, pas pour le client, mais permettant plus de profits pour les futurs actionnaires de la future boite privée que va devenir EDF. Donc on étudie des astuces permettant de gagner sur la disponibilité de la machine. Que certaines de ces options mettent en péril la sûreté, c’est certain. Les cycles longs avec des hauts taux de combustion exigent des combustibles ayant une charge fissile au démarrage à la limite des zones dangereuses, les puissances résiduelles plus importantes rendent inopérants les dispositifs d’évacuation de la chaleur en cas de gros pépin … (4) .
Qu’à cela ne tienne, les dogmes des barrières (souvenez vous : 1e barrière : la gaine du combustible, 2e barrière : le circuit primaire avec la cuve, 3e barrière : l’enceinte de confinement) en prennent un sacré coup.
- Les gaines … boff … avec des taux de combustions de 80 à 90 GWjour/tonne ne sont garanties que grâce à une aide divine.
- Donc si le cœur fond, la cuve … fond aussi. D’où l’apparition, tel Zorro, du récupérateur de corium, dispositif destiné, d’après ses concepteurs à rassembler tout le corium fondu dans une zone où il serait possible de le refroidir. Il va falloir prévoir dans les procédures, une procession annuelle pour essayer de mettre les Dieux dans de bonnes dispositions … (5)
Mais, je pense que vous avez remarqué qu’on est passé subrepticement du zéro accident grave à un dispositif destiné à confiner le résultat d’un accident grave programmé.
*C’est cela le progrès technique.*
La phase suivante consiste, désormais puisque l’accident grave est envisagé comme étant quasi certain, à étudier le post-accidentel. Pour cela on dispose, grâce à Tchernobyl, d’un retour d’expérience … pas très encourageant !!!
De nombreuses réunions de groupes de travail, en France (CODIRPA (6) ), et au niveau européen (European Nuclear Energy Forum), ont lieu depuis début 2008. Un volet particulier y est étudié : l’acceptabilité par les populations (… du nucléaire ? : vous rigolez, Non bien sûr !) d’un accident et de ses conséquences.
Ces groupes de travail, composés en quasi-totalité de représentants des constructeurs et des autorités administratives, débattent doctement des astuces psychologiques qu’il faudra mettre en œuvre en cas d’accident.
Ce n’est pas surprenant que les citoyens de base n’y soient pas représentés. Ils pourraient avoir leur mot à dire car, en fait, après une première phase relativement courte où ce seront les agents du site qui seront en première ligne, ce seront eux, les voisins plus ou moins proches de l’installation, qui auront à subir pendant des dizaines d’années, voire beaucoup plus – mais là il s’agit de générations, les nuisances et les effets sur leur santé et sur l’environnement.
On est donc passé, en une quarantaine d’années, de la sûreté absolue, à l’accident possible, puis à l’accident certain, tellement certain qu’il faut travailler, non pas la sûreté pour l’éviter, mais l’acceptabilité de son occurrence par les populations.
Et si on arrêtait le nucléaire …
Raymond SENÉ
Physicien nucléaire
Mail : m-r.sene@wanadoo.fr
Groupement de scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire
(GSIEN)
(1) Premier accident sur un 1000 MW, mais auparavant des réacteurs
expérimentaux eurent des états d’âme destructifs, et en particulier un
suisse construit à Lucens (1969), qui divergea puis ne s’arrêta qu’une
fois fondu.
(2) Voir décret 99-1046 du 13-12-1999 article 27
(3) L’EPR n’est, par rapport aux réacteurs des paliers 900 et 1300 Mwe
(y compris N4), qu’une petite évolution du même style que celle qui fit
passer des réacteurs graphite gaz de Chinon 2 et 3 et St Laurent 1 et 2,
à celui de Bugey 1. En fait de troisième génération, c’est une resucée
de la seconde, en beaucoup plus dangereux ! ! !
(4) D’ailleurs, nous avons appris, à l’occasion des réunions du débat
public, qu’au dessus d’une puissance nominale de 600 MWe, les
dispositifs de refroidissement destinés à sauver la cuve seraient
insuffisants, voire inopérants.
(5) Le puits de cuve est d’ailleurs revêtu d’une couche de "béton
sacrificiel". Quand on vous dit qu’il y a un recours aux dieux ! ! !
(6) CODIRPA : COmité DIRecteur pour la gestion de la phase
Post-Accidentelle d’un accident nucléaire ou d’une situation d’urgence
radiologique.
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